1991-2001 : une décennie pour préparer le pire, et depuis…

1991-2001 : une décennie pour préparer le pire, et depuis…

La décennie des années 90 commence avec le croisement du crépuscule de l’URSS, sa neutralisation politico-militaire, par la succession de Gorbatchev avec Eltsine, et la prétention américaine à être une hyper-puissance dont les moyens militaires et les visées stratégiques pouvaient lui autoriser toutes les actions, qu’elles soient, légalement, légitimement, justifiées ou non. C’est ce que la « guerre du Golfe » révèle, dès lors que Saddam Hussein, à la tête d’une Irak qui commençait à peine de se remettre de sa longue et catastrophique guerre avec l’Iran, a décidé d’une nouvelle guerre contre le Koweït. Si l’Etat irakien avait été soutenu par les Etats occidentaux pendant les années 80, dans la guerre contre l’Iran, l’invasion du Koweït, qui n’avait pas été approuvée en amont par les Etats-Unis, fut dénoncée par ceux-ci, et, pour la contrer, mirent en place une coalition, contre laquelle l’armée irakienne allait nécessairement se révéler impuissante.

Si, formellement, l’URSS existait encore alors que cette guerre commençait et s’envenimait, les dirigeants soviétiques étaient déjà convertis à une telle démission, intérieure comme extérieure, qu’ils laissèrent faire, comme leurs successeurs, pour la Russie, allaient faire de même quelques années après pour la Serbie, quand l’OTAN décida de mener une guerre contre cette partie majeure du territoire de l’ex-Yougoslavie. C’est que les années 90 commencèrent dans un nouvel équilibre/déséquilibre mondial inédit : la « guerre froide », qui n’avait jamais cessé, s’était terminée par une victoire des dirigeants américains, à peine 15 ans après leur défaite majeure au Vietnam. C’est que, suite à cette défaite, qui a ulcéré les « faucons » de Washington et toute sa « classe politique » artificiellement divisée entre « démocrates » et « républicains » (aujourd’hui, Joe Biden pourrait être un républicain « modéré » type, alors que Trump s’est imposé en tant que républicain « immodéré »…), les conseillers présidentiels, de Carter à Reagan, sont parvenus à imposer une augmentation des moyens et un harcèlement systématique des forces communistes et soviétiques, partout à travers le monde, y compris en Europe, avec l’installation de missiles nucléaires. Quand les dirigeants soviétiques avaient décidé d’une invasion de l’Afghanistan, les dirigeants américains prirent la décision d’armer les « combattants » afghans. Ce fut une nouvelle « internationale », contre une armée qui agissait au nom d’une autre Internationale, qui s’opposait à celle-ci, en rassemblant des combattants musulmans, de nationalités diverses, dont un qui allait devenir célèbre dans les années 90, le yéménite-saoudien, Oussama Ben Laden. L’auto-dissolution de l’URSS, appuyée de l’intérieur par des forces complices des Occidentaux, plaçait donc les Etats-Unis dans une situation inédite, d’être une « hyper-puissance », sans concurrent, sans contrepoids.

La Russie allait connaître une décennie tragique, avec, par une « restructuration » politique et économique, capitaliste, des fermetures de « coopératives », d’entreprises, par un chômage de masse, par la baisse des pensions, par l’apparition de sans domicile, puisque les logements étaient privatisés et que nombre de Russes n’avaient pas les moyens de payer les loyers. La Russie connut ainsi une baisse de sa démographie, en raison des morts prématurés, des suicides, une baisse de la natalité. La Chine commençait à peine sa transition vers une économie mixte, après les décisions de Deng Xiao-Ping.

En Europe, zone centrale pour l’influence américaine, le traité de Maastricht, voté de peu par référendum en France en 1992, prévoyait une monnaie unique, sous une « autorité indépendante », autrement dit, une étape supplémentaire dans la tutelle de l’Union Européenne sur les pays membres qui allaient mettre en oeuvre cette monnaie. Les ex « pays de l’Est », du bloc soviétique, se convertissaient massivement à l’adhésion à une nouvelle « Fédération » (l’URSS en était une), en préparant leur adhésion à l’UE. Mais la guerre en ex-Yougoslavie démontrait que la promotion du nationalisme en Europe, à travers la restauration de nations indépendantes et rattachées à l’Ouest, n’était pas sans risque, dès lors qu’il y avait des confrontations sur des exigences territoriales des uns et des autres, de souveraineté des uns et des autres, y compris par la prétention de « petits peuples », comme avec les habitants du Kosovo, de faire sécession. La diplomatie européenne/américaine a consisté à laisser faire, jusqu’au moment où les dangers des nouvelles guerres entre ces nouveaux Etats prenaient une telle proportion que « la stabilité » en Europe était menacée. Il y eut donc intervention de l’OTAN, le bras armé américain-européen, et la Serbie fut battue.

Que cela soit dans les pays musulmans, désormais autonomes, de l’ex-URSS, ou en Afghanistan, avec la chute du régime communiste qui avait été soutenu par l’URSS, au Pakistan comme en Indonésie, deux des plus grands pays musulmans du monde, en Arabie saoudite, plaque centrale des échanges entre musulmans du monde entier, la fin de l’URSS avait été aussi fêtée, mais l’hyper-puissance américaine, avec des soldats présents sur le sol saoudien, le soutien constant des Etats-Unis pour Israël, n’était pas plus appréciée. Ben Laden, un fils d’une famille richissime, qui avait été un des combattants en Afghanistan contre les Soviétiques (lesquels faillirent le tuer ou le capturer un jour lors d’une opération de leurs forces spéciales), est ainsi passé d’un pro-américanisme de fait à un anti-américanisme dogmatique, en raison des pratiques arrogantes des Etats-Unis à travers le monde et singulièrement en Arabie saoudite. Ben Laden rassembla une Internationale de combattants (djihadistes), qu’il décida de tourner en priorité contre les Etats-Unis, bien que sa cible principale était, ou aurait pu être, l’Arabie Saoudite. Il invita ses hommes à s’attaquer à la plus grande force militaire, plutôt qu’à son talent d’Achille, et c’est ce qui le conduisit à devenir autant célèbre qu’à être exécuté par des forces militaires américaines. Mais avant que son aventure ne se termine par cet assassinat sur le sol pakistanais, en toute violation du droit international, Ben Laden a su motiver des milliers de combattants dont un petit nombre a réussi à frapper des objectifs américains, hautement symboliques, mais sans aucun effet sur la puissance américaine.

Les attentats du 11 septembre 2001 furent impressionnants mais de portée limitée. Les victimes furent majoritairement des civils. La colère américaine, générée par cette journée du 11 septembre a été telle, qu’elle a « justifié » des dépenses militaires et de renseignement, supplémentaires, massives; que la traque de Ben Laden a officiellement réussi, après quelques années; que l’organisation Al Qaeda a été affaiblie par l’invasion de l’Afghanistan et par l’usage tout aussi massif de drones pour abattre des cibles; et par l’invasion de l’Irak, bien que Saddam Hussein n’ait jamais agi de concert avec Ben Laden, n’ait jamais fait produire des armes de destruction massive. Si le renseignement américain a été incapable d’empêcher les attentats du 11 septembre 2001, bien qu’il ait disposé de toutes les informations nécessaires pour cela, il n’a pas pu échouer encore dans sa lutte contre la galaxie du djihadisme, parce que ses moyens étaient devenus entre temps plus importants et plus développés (avec l’informatique de surveillance au coeur de tout). Mais ces nouvelles violences, après celles qui avaient opposé les capitalistes aux communistes pendant près de 50 ans, ces assassinats commis par les uns et les autres, motivant des volontés de vengeance sans fin, articulées à l’apparition de nouvelles armes, tant industrielles qu’artisanales (les armes utilisées par les djihadistes étant des bombes fabriquées par eux-mêmes, des fusils automatiques, mais aussi des couteaux, des véhicules), ont favorisé un sentiment permanent d’insécurité, exploité par les Etats les plus puissants pour adopter des législations « sécuritaires » étendues, excessives, comme des crédits en hausse pour les forces armées et de police.

En situation d’hyper-puissance pendant une décennie au moins, les Etats-Unis n’ont pas cherché à favoriser la paix mondiale et ont même fini par « payer » cette arrogance, ce mépris, envers les autres peuples du monde, par les morts du 11 septembre 2001. Depuis, le déséquilibre des années 90 a disparu, avec un come-back de la Russie, et la montée en puissance, constante, de la Chine. Associés, ces deux Etats, dont les territoires sont parmi les plus grands du monde, tournés vers l’Orient, le Pacifique, forment un contrepoids à la puissance américaine, ce que celle-ci constate et dénonce. L’actuelle guerre en Ukraine a concrétisé leur confrontation. L’incapacité à se limiter, les excès du capitalisme mondial, centralement américain, étant ce qu’ils sont, les désordres humains, les souffrances humaines, dans le monde, alimentent des volontés, justifiées, de le combattre, y compris par des actions, des moyens, injustifiés, comme le démontre la guerre en Ukraine, dont la condition de possibilité a été la volonté américaine d’aller au maximum de ses possibilités contre la Russie, par l’appropriation d’un Etat dont le territoire est très grand, les ressources nombreuses et de valeur – l’Ukraine. Et ce bien que les liens entre la Russie et l’Ukraine soient, anciens, profonds, structurels, et qu’il s’agisse d’un pays-frontière avec la Russie. Hélas, avec l’intégration dans l’OTAN  d’autres pays frontaliers de la Russie, les Etats-Unis continuent de jouer avec le feu, puisque leur lobby militaro-industriel est le grand gagnant de ces situations dramatiques, comme la bureaucratie de l’OTAN. 

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