8 et 9 mai : des commémorations de plus en plus formelles et vidées de leur sens, à l’exception de la Russie, pour laquelle cette date ne peut être l’objet de relativismes et de plaisanteries

8 et 9 mai : des commémorations de plus en plus formelles et vidées de leur sens, à l’exception de la Russie, pour laquelle cette date ne peut être l’objet de relativismes et de plaisanteries

Entre le 8 et le 9 mai, les pays européens, dont la Russie, ont « commémoré » la victoire alliée de 1945 sur le nazisme, le fascisme. Pour la plupart, ces commémorations officielles sont devenues très « formelles », réduites à une cérémonie avec des représentants de l’Etat. En France, il y a eu des cérémonies puisque, après l’élection de François Mitterrand, celui-ci a rétabli cette date en jour férié commémoratif, après de Valéry Giscard d’Estaing l’ait supprimé, au nom de « l’amitié franco-allemande ». Au regard de ce que fut cette victoire, de que ce furent les pertes, les « sacrifices » pour l’obtenir, ces commémorations sont devenues, par les choix des dirigeants d’Etat, microscopiques, rapides, superficielles. On commémore la victoire sur le nazisme comme s’il s’agissait d’une victoire comme une autre. Et vite, on passe aux choses suivantes. Pourtant, la guerre européenne subie par tant de pays à cause du bellicisme nazi n’a pas été une guerre comme les autres : pour la première fois, il s’agissait d’une guerre « existentielle », dans laquelle l’agresseur nazi se proposait de mettre en oeuvre un « grand remplacement » généralisé, par la liquidation, physique, de plusieurs groupes humains, et par leur remplacement par des colons allemands. L’hubris de ce projet a poussé les dirigeants nazis à faire la guerre au monde entier, y compris à l’URSS et aux Etats-Unis, leur a été fatale. Pourtant, bien que le projet fut titanesque et dépassait les capacités allemandes, il a fallu aussi beaucoup de chance aux Alliés pour qu’il échoue. Mais même s’il a échoué, il a tout de même, en partie, et en grande partie, atteint ses objectifs, destructeurs : la plus grande partie des Juifs d’Europe ont disparu, dans les conditions que l’on sait (même si certains disent ne toujours pas le savoir), la France, ennemi numéro 1 de l’Allemagne nazie selon Hitler, a été mise à genoux, avec des destructions sur l’ensemble de son territoire, et la perte de plus de 300.000 civils parmi lesquels beaucoup étaient des citoyennes et de citoyens de premier ordre, de Jean Moulin à tant d’autres (1), et le nazisme a donné un visage à toutes les extrêmes droite du continent, pendant la guerre et depuis (2).

Il a favorisé la militarisation des pays, le développement de nouvelles armes de destruction, et il a légué aux Etats-Unis nombre de ses savants – Etats-Unis dans lesquels l’idéologie nazie est la plus présente et influente aujourd’hui, par diverses voies (dont il nous faudra parler dans d’autres articles)(3). Au regard de ce que furent les efforts et les pertes pour imposer aux dirigeants nazis de ne pas atteindre tous leurs objectifs, dont, évidemment, la victoire (4), les commémorations du 8 mai, en France et ailleurs en Europe, sont d’une faiblesse, dont il faut comprendre les causes. En Allemagne, et bien qu’il y ait eu des débats sur le sujet, la date du 8 mai n’est pas un jour férié commémoratif dédié à une « libération de l’Allemagne ». L’ex RDA s’etait orientée vers une telle perception de ce jour, tandis que l’ex RFA a plutôt considéré ce jour, comme un jour de défaite et de honte – mais donc avant tout de défaite, ce qui signifie qu’il y a un regret de la défaite… En Russie, c’est le jour du 9 mai que l’Etat et la population commémorent « la grande guerre patriotique », la victoire de l’URSS (de plusieurs pays et de plusieurs populations, diverses), sur l’Allemagne, une victoire qui fut, pour l’URSS, accomplie, mais avec des pertes humaines jamais vues par ailleurs (les spécialistes ne sont pas d’accord sur un chiffre précis et considèrent que ces pertes furent, à minima, de 20 millions, ou entre 20 et 30 millions). Chaque famille russe a des grands-parents ou arrière-grands-parents qui ont participé à cette guerre, et qui, souvent, sont morts à l’occasion de. Si l’Allemagne a perdu entre 9,5% et 12,5% de sa population d’avant guerre, l’URSS a perdu entre 13 à 16% de sa population, pendant que la France, elle, perdait environ un peu plus d’1% de sa population, soit 13 à 16 moins que l’URSS. Si les Français avaient subi autant de pertes que les Soviétiques, on peut penser qu’ils commémoreraient autrement sérieusement cette victoire. Mais en France, se conjuguent à la fois la superficialité générale et l’influence du néo pétainisme. Le quotidien Libération, devenu le journal de la haine envers la Russie et son Histoire passée (parce que « soviétique et communiste ») a exprimé, à propos de ces commémorations russes du 9 mai, son mépris et ses moqueries, avec une analyse simple : tout est de la propagande.

(1) Le compte Twitter « Paroles de Combattants de la Libération » permet de découvrir ces femmes et ces hommes qui ne sont pas connus en France, puisqu’ils sont intégrés à la notion générale de « la Résistance », mais ne font pas l’objet d’éloges publics, via des programmes télévisuels, radiophoniques. Seuls des sites Internet parlent d’elles et d’eux.

(2) Comme les polémiques sur les néo-nazis en Ukraine illustrent la survie du nazisme en Europe après la guerre

(3) Le nazisme américain est divers

(4) La célèbre uchronie de Philip K. Dick, « L’homme du haut château », illustre ce qu’aurait pu être cette victoire.

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