Avril 2002, avril 2022 : vingt ans d’influences FN RN sur la politique française, pour sa neutralisation, sa dégradation, par l’extension du domaine du binarisme ethnique (première partie)

Avril 2002, avril 2022 : vingt ans d’influences FN RN sur la politique française, pour sa neutralisation, sa dégradation, par l’extension du domaine du binarisme ethnique (première partie)

Le 21 avril 2002, l’OVNI Le Pen tombait sur la France et la politique en France. Surgissant de nulle part, le déjà vieux héraut de l’extrême-droite fière d’elle-même, passait, par un coup d’accélérateur de derniers jours, devant un Lionel Jospin qui lui tombait et du haut de sondages du premier tour déjà faux, et du haut de sa suffisance restée célèbre (un journaliste qui avait eu du flair lui avait demandé, quelques jours avant, s’il concevait de ne pas être présent au second tour et la réponse immédiate de Lionel Jospin avait été un rire franc). Au second tour, Jacques Chirac bénéficiait d’un vote plébiscitaire sur sa personne, en écrasant Jean-Marie Le Pen, par 82 pour cent des voix contre 18, un Jean-Marie Le Pen qui, pendant l’entre-deux-tours s’était réfugié dans les jupes papales pour asséner aux Français qu’ils ne devaient pas avoir peur. En vain. 20 ans, le Front National était inconnu des Français. Et puis un jour, Jean-Marie Le Pen est apparu dans une célèbre émission de « monologues/dialogues politiques », « l’Heure de Vérité ». On apprendra plus tard qu’un certain François Mitterrand, président de son état, avait donné ce coup de pouce au leader du FN. Longtemps, il a été raconté que ce coup de pouce l’avait été par calcul pour affaiblir la droite, mais 20 ans après, 40 ans après, l’implantation durable du RN à un haut niveau à chaque premier tour de l’élection présidentielle confirme que, si tant est que ce fut l’intention réelle de François Mitterrand, la droite et l’extrême-droite ont su transformer le « coup de pouce » en booster à leurs avantages. Mais pourquoi l’extrême-droite avait-elle, apparemment, disparu, et pourquoi est-elle réapparue ?

L’éclipse de l’extrême-droite entre la fin de la seconde guerre mondiale, ou après la fin de la guerre d’Indochine, ou après la fin de la guerre d’Algérie, jusqu’au début des années 80, n’a jamais été ni totale ni longue. La seule décennie où elle a paru en retrait fut celle des années 70. Son engagement dans la Collaboration l’a, certes, marginalisé, à la Libération, notamment parce qu’un certain nombre de ses figures majeures furent, ou fusillées, ou condamnées et neutralisées (Maurras). Mais si ces figures pâtirent, relativement, de leur engagement au profit de l’Allemagne nazie, nombre ne furent ni fusillés ni même recherchés, jugés, et continuèrent leur vie. Et la 4ème République, qui ne se fonda pas dans la fin de la colonisation, fit appel à de tels hommes et femmes de l’extrême-droite, tout d’abord en Indochine (où la France s’appuya même sur d’anciens soldats allemands, reconvertis), puis en Algérie. Mais l’indépendance de l’Algérie, ce nouvel échec pour l’extrême-droite, les tentatives d’assassinat de son OAS contre le Général De Gaulle, en firent, une nouvelle fois, une pestiférée, momentanément. Mais si l’extrême-droite n’est pas apparue, cela ne signifie pas qu’elle n’était pas là. Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, dont le père avait été décoré par Philippe Pétain, de l’ordre de la francisque, fut marqué par un néo-pétainisme officiel, qui se séparait du gaullisme historique. Le 8 mai fut abandonné en tant que jour férié. Maurice Papon fut nommé Ministre du Budget du troisième gouvernement Barre. Bien que les chaînes de télévision ne soient plus encadrées par l’ORTF, une uniformisation du propos général, politique, dominait, et la parole était donnée à du révisionnisme historique qui tendait déjà à relativiser la gravité, à occulter les faits, de la collaboration pétainiste, à commencer à mettre en accusation la Résistance française pour des exactions à la Libération. Et les médias d’Etat français étaient explicitement et activement anti-communistes, en reprenant à leurs comptes des affirmations et des accusations contre les communistes et le communisme, de l’extrême-droite elle-même.

L’élection de François Mitterrand a changé la situation. Lui-même récipiendaire de la Francisque (un secret qui ne sera révélé qu’après son élection), François Mitterrand a eu des amitiés, réelles, durables, avec des personnalités de l’extrême-droite, dont René Bousquet, secrétaire général de la Police du régime pétainiste à partir de 1942. L’engagement politique de François Mitterrand a commencé avec l’Action Française, et, c’est une rumeur qui n’est encore prouvée par des faits, avec « la Cagoule », ce complot d’extrême-droite contre la République, qui a tenté d’opérer un putsch en novembre 1937. C’est François Mitterrand qui donne son aval à la participation de Jean-Marie Le Pen à cette émission déjà évoquée, et reproduite plus haut. A partir de là, la Lepénisation de la vie politique en France a commencé, et nous savons qu’elle n’est toujours pas terminée, même si l’héritage de l’extrême-droite est désormais contesté à la franchise Le Pen par les Zemmour et consorts.

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