Ce que nous ne pourrions pas écrire : quelques affirmations de « Médiapart » à propos de Mélenchon/les Verts/le PS/ Ukraine et Russie

Ce que nous ne pourrions pas écrire : quelques affirmations de « Médiapart » à propos de Mélenchon/les Verts/le PS/ Ukraine et Russie

Cet article a été publié ce jour par Médiapart, sous le titre indique ci-dessus. Il contient plusieurs affirmations que, en raison de notre principe de précaution, nous ne pourrions formuler pour notre compte.

Par exemple, ce « Certes, la reconnaissance par la Russie des républiques séparatistes autoproclamées de Louhansk et Donestsk a été UNANIMEMENT réprouvée ». Pour affirmer qu’il y a une « unanimité », il faudrait désigner le groupe concerné : pour que les membres qui font sa multiplicité puissent être tous identifiés et qu’il soit possible de vérifier que TOUS ont la même position concernant ce sujet. Or, en France, il n’y a pas unanimité sur le sujet. Il suffit de consulter ce qu’en disent les uns et les autres.

Ensuite, l’article cite des propos de Jean-Luc Mélenchon : « Les Russes n’ont pas à passer la frontière, et les Etats-Unis n’ont pas à annexer l’Ukraine dans l’OTAN. ». La mention « annexer » est accompagné d’un « sic », ce qui veut dire que l’auteur de l’article insiste sur cette citation, et que, implicitement, il la met en cause. Est-ce qu’une intégration de l’Ukraine dans l’OTAN constituerait une « annexion », américaine ? L’OTAN est une alliance militaire, dont le commandement central est entre les mains de généraux de l’Armée américaine. Les objectifs, les plans, et les actions de l’OTAN sont conformes à ceux des Etats-Unis (aucune divergence réelle connue). L’intégration d’un pays dans l’OTAN signifie que les armées sous commandement de l’OTAN peuvent y venir, quand et comme elles le veulent (même si, formellement, le pays concerné doit donner son accord). Or, nous l’avons rappelé, le commandement général de cette organisation est sous une tutelle, absolue, des Etats-Unis. Le verbe « annexer » est donc tout à fait sensé. Pourtant, l’auteur de l’article le met en cause.

Enfin, l’article donne la parole à des politiques (ce terme pour désigner des professionnels de la politique) : Julien Bayou, de EELV, cible Jean-Luc Mélenchon, au motif que son propos relèverait d’une « école de pensée obsédée par l’anti-impérialisme américain. C’est plus fort que lui : le grand mal, c’est l’OTAN ! ». Sur une page gouvernementale, il en est donné cette définition : « L’impérialisme désigne un processus de contrôle ou de domination d’une entité sur d’autres populations ou territoires. Il est lié à la notion d’Empire, forme d’organisation politique née dans l’Antiquité. Historiquement, l’impérialisme désigne notamment la politique d’expansion militaire des États européens à travers la conquête coloniale. La notion d’impérialisme a en effet été développée par l’économiste John Atkinson Hobson qui, dans son livre Imperialism. A Study (1902) en critiquait la version britannique. Cet impérialisme ne repose plus sur une continuité territoriale, la différence entre métropole et colonies s’en trouvant accentuée. Mais plusieurs phases d’impérialisme peuvent être distinguées. Après les grandes découvertes du XVIe siècle, nous pouvons retenir l’expansion des années 1880 aboutissant à la Conférence de Berlin de 1885 qui organise les prétentions territoriales en Afrique, ou l’attribution de mandats par la SDN pour répartir les territoires de l’Empire ottoman vaincu, à l’issue de la Première Guerre mondiale. Souvent justifiés au nom d’une mission civilisatrice et moteurs d’une certaine universalisation des valeurs, les empires mènent en fait des politiques de prédation, d’exploitation des ressources et sont un outil de prestige sur la scène internationale. À ce titre, ils ont été combattus par des nationalismes menant aux indépendances. Dans son sens marxiste, l’impérialisme – soit le partage du monde entre grandes puissances – guide les relations internationales. Reliant expansion territoriale et système de production économique, Lénine fait de l’impérialisme le stade suprême du capitalisme. L’exacerbation des tensions conduisant à la guerre en accentuera les contradictions. Johan Galtung, revisitant la problématique de la domination à travers la proposition d’un monde composé de nations du centre et de nations de la périphérie, montre quant à lui que l’impérialisme ne s’appuie pas forcément sur une violence armée mais sur une violence structurelle. Aujourd’hui, l’impérialisme est connoté péjorativement en même temps qu’il semble s’être dilué : il n’est plus seulement territorial, mais désignerait une hégémonie dans les domaines de l’économie, de la technologie ou de la culture. »

Si on ne retient que la première phrase dont la définition est lapidaire, il « désigne un processus de contrôle ou de domination d’une entité sur d’autres populations ou territoires« . La définition est manifestement incomplète : en effet, il faut qu’il y ait intention ET processus de contrôle… » Les Etats-Unis sont-ils impérialistes ? L’Etat fédéral américain, qui est en charge de la politique internationale pour les 50 Etats des Etats-Unis, a des intentions pour l’ensemble des peuples et des Etats, des intentions qui précèdent des actions, ce qui a été prouvé dans le passé (20ème siècle, avec des renversements de gouvernements, avec des soutiens apportés à d’autres), et ces dernières années (exemple, la Bolivie, avec le soutien apporté à Jeanine Áñez). Ces faits sont connus. Ce représentant de EELV les nie. Enfin, l’article cite les propos de Raphaël Glucksmann, dont les engagements aux côtés des Etats-Unis dans leurs décisions d’influence et d’actions hors des Etats-Unis sont également connus.

Pour les propos cités évoqués ci-dessus, la rédaction de Médiapart ne les tient pas : ce ne sont pas ses propos mais ceux de personnes auxquelles elle donne la parole. MAIS les mots choisis, et pour parler comme l’auteur de cet article, le ton que l’on devine, manifeste un rapport critique aux propos de Jean-Luc Mélenchon, une minimisation concernant les plans, les choix, les critères, les effets, de la puissance américaine, alors que la politique russe est personnalisée par le nom de « Poutine » (l’article parle de sa « rhétorique », alors que cette expression n’est pas utilisée pour parler de ce que dit Joe Biden).

S’il fallait seulement retenir cet article, nous devrions en conclure que Médiapart n’est pas un média indépendant, puisqu’il valide des principes de sens et d’intentions, des Etats-Unis.

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