De Sade à Matzneff, plus de deux siècles de pratiques et d’éloges de la pédocriminalité en France – comment et pourquoi ? (première partie)

De Sade à Matzneff, plus de deux siècles de pratiques et d’éloges de la pédocriminalité en France – comment et pourquoi ? (première partie)

Dans l’entretien que nous avons publié avec Roman Segredo à propos de son ouvrage « Ne pas être un connard – Pauvre France », il nous a parlé du Sade, « ressuscité », après qu’il ait été condamné à mort en juillet 1794, dans un destin croisé, contraire, avec Robespierre. Emprisonné, par nécessité, sous l’Ancien Régime, il a été libéré début 1790, à l’occasion de la fin des « lettres de cachet », un des signes du « droit divin », royal. En 1774, le marquis de Sade est un homme libre, même s’il s’est déjà révélé au régime par des « affaires ». Les aristocrates comme lui ne peuvent vivre sans des serviteurs, divers, nombreux. Ils peuvent être des sans (travail), parce que d’autres leur garantissent la production de telle ou telle activité, avec leurs « services ». Pour cette domesticité, Sade parvient à recruter 8 « jeunes filles » qu’il contraint à participer à des fêtes intimes, sexuelles. Les faits ne nous sont plus connus que par un « fonds Gaufridy », du nom d’un notaire, puisque les documents constitutifs de la procédure criminelle ouverte pour enquêter sur ces faits ont disparu. Dans ce fonds, il existe des lettres rédigées par des tiers, proches du Marquis et des victimes, dans lesquelles les pratiques sexuelles sont évoquées, accompagnées de mutilations. Ce que les écrits de Sade exhiberont plus tard a fait partie de sa vie, ses goûts, ses obsessions, où la violence sur et contre les autres, les femmes, est omniprésente. L’âge des « jeunes filles » n’est pas connu, mais elles sont dites « très jeunes », à une époque où le passage à l’âge adulte se faisait plus tôt qu’à notre époque. Les lois du royaume de France, sa morale « catholique », ou générale, rejettent sévèrement et clairement ce que la religion qualifie depuis longtemps de « luxure ». L’originalité de Sade est d’être un amateur et un défenseur de toutes les pratiques possibles de cette luxure : le sexe collectif, le viol, le meurtre, l’inceste, la pédocriminalité, la scatologie, la torture, la fustigation, l’infanticide, le parricide, le sacrilège, la profanation de tombeaux, l’égoïsme suprême, la cruauté… Sade associe plaisirs et douleurs, en se plaçant du côté de celui qui fait souffrir. Dans ce registre obsessionnel, la pédocriminalité se singularise. Les enfants concernés par ces violences n’appartiennent pas à des « bonnes familles ». Comme les « petites filles » recrutées à Lyon, elles sont liées à des familles pauvres ou sans famille, connue. Plus de deux siècles plus tard, nous savons que les réseaux pédocriminels ciblent aussi les enfants fragiles. Sade finit par être rattrapé et emprisonné pour ses « vices » – sévices. Mais le processus révolutionnaire, loin d’être aussi liberticide qu’on le présente, permet à des condamnés et des réprouvés d’obtenir une libération, de principe. Entre début 1790 et fin 1793, il est un homme libre qui vit et agit au coeur de Paris et de la « Révolution », où il a des amis, des amis qui, en juillet 1794, lui sauvent la vie. Et c’est à partir du moment où il retrouve sa liberté, qu’il s’engage plus radicalement dans des productions littéraires, dans lesquelles il va mettre en scène ses désirs, vécus antérieurement, et que sa vie parisienne ne le lui autorise pas aussi facilement. Mais qu’en est-il de sa vie nocturne, en lien avec ses amis puissants ? Peut-on croire que ce fanatique de la violence sur et contre autrui, surtout lorsqu’il s’agit de femmes, serait resté « sage », pendant ces années de liberté ? Si nous ne savons pas s’il a pu revenir à des actes criminels, sa production littéraire s’intensifie et aboutit à des « oeuvres » (« La Nouvelle Justine », « L’Histoire de Juliette, sa soeur ») qui, diffusées dans des réseaux limités, lui ont assuré des revenus importants, et, depuis, lui ont donné la célébrité qui est la sienne. Ces oeuvres constituent des prolongements de sa première oeuvre littéraire d’un tel acabit, « Justine ou les infortunes de la vertu », un ouvrage écrit et publié depuis 1791, qui compte plusieurs éditions, dont une édition de luxe (accompagnée de cent gravures). Sade a donc des lecteurs, des amateurs, des mécènes. Il paraît peu probable qu’ils se soient contentés du « plaisir littéraire ». Ses « oeuvres » ont révélé un sadisme propre aux aristocrates, lesquels avaient pris l’habitude de traiter les non-aristocrates comme des êtres humains à leur service, et ce, quelle que soit leur besoin, leur requête, leur désir. S’il n’est pas le premier à avoir fait oeuvre de « pornographie », il est celui qui donne à ce genre un « sommet », par l’association infernale des plus grands plaisirs et des plus grandes douleurs, y compris par la mort donnée à des « sacrifiés ». Or, entre Sade et notre époque, les deux siècles passés ont pu advenir et être racontés comme si, à chaque nouvelle époque de l’Histoire de France, ces pratiques avaient disparu, avant de faire leur réapparition avec la notion, récente, de pédocriminalité, seule adaptée pour désigner le goût, sexuel, d’adultes envers des enfants ou des adolescents. Il s’agit de savoir si, de Sade à notre époque, ces pratiques et leurs responsables et coupables, ont été, constants ou intermittents, au coeur du pouvoir ou proches du pouvoir, et survivent encore aujourd’hui, en lien ou sans lien avec les réseaux pédocriminels mondiaux.

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