Du 11 septembre 2001 à la guerre en Irak, en passant par Guantanamo, la torture : George W. Bush, le golfeur, sans « impeachment », deuxième partie

Du 11 septembre 2001 à la guerre en Irak, en passant par Guantanamo, la torture : George W. Bush, le golfeur, sans « impeachment », deuxième partie

Le jour du 11 septembre 2001, Bush n’est pas à Washington mais en Floride, l’Etat qui lui a offert la victoire contre Al Gore. Il se trouve auprès d’élèves, dans une classe, quand un de ses conseillers s’approche et lui parle des évènements en cours. L’expression de son visage est complexe à décrypter : ses yeux brillent, et on décèle des micro-sourires ou des micro-grimaces. Il ne faut pas oublier que ce qui advient ce jour-là n’est pas pour lui une surprise absolue puisque depuis trois mois, la CIA alertait la présidence de la montée en puissance d’Al-Qaeda. Dans les heures qui suivent, il est placé dans Air Force One, et il disparaît dans le ciel, pendant que tous les autres avions sont, d’office, cloués au sol. Sur ces heures, sur les échanges entre lui et ses conseillers, les informations sont rares. Dans les minutes, les heures, qui suivent les attentats, les institutions américaines acquièrent la certitude qu’il s’agit d’opérations accomplies par des activistes d’Al-Qaeda, telles qu’elles étaient annoncées depuis plusieurs mois. Or, pour la CIA, Oussama Ben Laden vit en Afghanistan, où il est protégé par les Talibans. La suite est donc cousue de fil blanc. Les Etats-Unis adressent un ultimatum aux Talibans, en exigeant que Ben Laden leur soit remis. Les Talibans refusent. Les Etats-Unis préparent et mettent en oeuvre une invasion de l’Afghanistan. Mais Ben Laden leur échappe. Pour tuer ou arrêter un seul homme, les Etats-Unis bombardent massivement l’Afghanistan, dont les montagnes de Tora-Bora. Ben Laden disparaît. Pendant plusieurs mois, sauf ses proches, nul ne sait si le leader d’Al-Qaeda a été tué ou s’il est toujours vivant. Un an plus tard, un message audio authentifié atteste qu’il est toujours vivant. Mais cette authentification, comme les suivantes, est réalisée par les outils américains, dont il est impossible de savoir s’ils n’ont pas construit, au fur et à mesure des années, un fantôme, ce qu’Al-Qaeda n’a pas contredit en raison des intérêts qui étaient les siens à continuer d’affirmer que son principal dirigeant était encore en vie. C’est que les « preuves » de l’existence continue de Ben Laden sont rares, et susceptibles d’être les produits de manipulations techniques cinématographiques. Il ne s’agit pas de dire que Ben Laden après 2001 était mort, mais que son existence prolongée en 2011 n’est pas démontrée, et que les Etats-Unis ont fait le choix de ne pas la démontrer, puisque, lors de son exécution en mai 2011, le pays des images a choisi de ne pas fournir d’images du corps d’Oussama Ben Laden. C’est que les deux parties avaient intérêt à continuer d’affirmer son existence : les Etats-Unis, pour justifier de maintenir à un haut niveau leur « guerre contre le terrorisme », et Al-Qaeda, pour la raison déjà citée. A la différence de tant de médias, nous, étant donné ce que sont nos principes de travail et d’énonciation, nous ne pouvons pas affirmer que Ben Laden a survécu à l’invasion de l’Afghanistan, ni que les expressions qui lui sont prêtées attestent de son existence, postérieure à, ET nous n’affirmons pas non plus qu’il n’était pas vivant.

Si Al-Qaeda est très affaiblie après l’invasion de l’Afghanistan, la disparition de Ben Laden est un échec pour les dirigeants américains, lesquels ont des choses à se voir reprocher sur l’avant 11 septembre. Dans une telle situation, et étant donné les caractéristiques spécifiques du tropisme dynamique constant des dirigeants américains pour « la guerre », un pouvoir pratique souvent la fuite en avant, d’autant qu’elle mobilise et qu’elle permet ainsi de créer une « unité » sociale, nationale, artificielle, et le silence dans les rangs. Dès le 11 septembre 2001, un Rumsfeld appelait à l’invasion de l’Irak. Comme à leur habitude, les Etats-Unis, via leurs médias, diffusent un « narratif » par lequel l’Irak de Saddam Hussein est mis en cause pour sa collusion avec Al-Qaeda, la détention d’armes, de « destruction massive ». Sur ces bases dont nous savons près de 20 ans plus tard, qu’elles étaient volontairement frauduleuses, les dirigeants américains « justifient » la préparation d’une action militaire d’ampleur contre Saddam Hussein, et, en 2003, plus aucun pays n’avait la capacité, seul, de s’y opposer (Russie, Chine, France). En deux mois, la guerre est, logiquement, « gagnée » par les Etats-Unis, étant donné le déséquilibre dans le rapport des forces. En Irak, nombre de Chiites, ou de Kurdes, se réjouissent, sur le moment, de la chute de Saddam Hussein, mais ils n’imaginent pas l’incurie avec laquelle les Etats-Unis vont gérer cette victoire, et ainsi permettre de faire de l’Irak, un enfer sur terre. Les Etats-Unis viennent d’imposer une guerre illégale, au regard du droit internationale, fondée sur des mensonges, et avec des conséquences tout autant criminelles pour des Irakiens qui avaient déjà beaucoup souffert.

L’Irak est un pays complexe, construit, par la force, et notamment par la volonté des Occidentaux, en unissant des ethnies et populations diverses : au Nord, des Kurdes, au centre, des arabes, sunnites, et au sud, des chiites. Ceux-ci, dont le « goût » pour le « martyr » est connu, en raison de leur interprétation particulière de l’Islam, ont beaucoup subi de la part de Saddam Hussein, lui-même sunnite, et de son régime. Or, après l’invasion de l’Irak, la gestion de ce pays est assumé par les Américains seuls (comme ils voulaient le faire en France en 1944), avec des choix désastreux. L’armée irakienne est officiellement dissoute. Des milliers de soldats, d’officiers, sont au chômage, alors que la seule chose qu’ils aient appris dans leur vie aura été de se préparer à la guerre, ou de la faire. Des milliards sont votés et déversés, mais la corruption, spécialité américaine pour laquelle il y a toujours des locaux à la pratiquer également, va détourner des sommes élevées, destinées à la reconstruction. Le passé culturel de l’Irak, première grande civilisation humaine avec la Mésopotamie, est pillé. Des villes sunnites, qui résistent, sont écrasées, comme Falloujah. Le documentaire « Irak : les enfants sacrifiés de Falloujah » révèle que les Etats-Unis ont commis des crimes de guerre, en utilisant des armes « sales », qui ont provoqué chez des nouveaux-nés, malformations, maladies graves. En quelques semaines, en 2003, et dans les années qui ont suivi, les Etats-Unis ont créé les conditions d’un chaos, social, politique, et les causes, raisons, de son développement, de son aggravation.

Saddam Hussein, qui avait aussi échappé aux soldats américains après l’invasion, est finalement retrouvé, arrêté, jugé et condamné à mort. Le dirigeant irakien qui aimait écouter que des petites filles irakiennes chantent à sa gloire et à son génie aura été un tyran que la guerre contre l’Iran a entraîné vers l’abîme – spirale infernale subie d’abord par les Irakiens eux-mêmes, alors qu’ils avaient les moyens de faire de leur pays, « la Suisse du Moyen-Orient ». Mais les Etats-Unis, après avoir soutenu des Baassistes, en Irak, en Syrie, au motif qu’ils étaient anti-communistes comme eux, n’ont eu aucune gêne à se retourner vers leur ancien allié, qui pourtant leur avait acheté des armes et fait une guerre contre l’Iran qu’ils ne voulaient pas faire eux-mêmes. Sa réflexion stratégique médiocre l’a entretenu dans des illusions, sur lui-même et les capacités militaires de l’Irak. Menacé par les Etats-Unis, il n’a pas cherché des alliés susceptibles de le protéger. Il finit donc, prisonnier, jugé comme n’importe qui, et condamné à mort, au terme d’un procès que les Irakiens ont suivi de manière très attentive.

Des prisonniers sont torturés, en Irak et hors d’Irak. Il y aura, après le départ de Bush, des révélations sur les pratiques de la CIA, couvertes par le gouvernement, pour torturer des individus, dans des « prisons secrètes » ou dans des prisons comme celle d’Abou-Ghraib. Des prisonniers, libérés de cette prison, et les photographies révélées dans la presse mondiale sur les mauvais traitements, vont motiver des Irakiens et des étrangers à mener un combat militaire total contre les Etats-Unis. On assiste alors à la mise en place d’une nouvelle entité, Daesh-Isis, dont la violence dépasse celle d’Al-Qaeda. Les attentats sanglants se multiplient, comme les décapitations. Face à la terreur, les Etats-Unis se rétractent sur leurs zones sécurisées, et ne défendent pas les Irakiens menacés. Grâce à une circulation laissée libre, des véhicules piégés accèdent facilement à leurs cibles. Une antenne de l’ONU à Bagdad est ainsi visée, et son représentant décède dans l’explosion

La présidence de George W. Bush aura été la somme de ce que les Etats-Unis pouvaient faire, comme subir, de pire : incompétences, mauvaises volontés et mauvaise foi, soumission maximale au lobby militaro-industriel, mensonges publics, y compris de portée internationale, crimes de guerre, usage inconstitutionnel de la torture, adoption du « Patriot Act » pour se couvrir. Les relations de la famille Bush avec des familles saoudiennes auraient aussi mérité de véritables enquêtes judiciaires, comme celles des Etats-Unis avec l’Arabie Saoudite. Avec un tel bilan, George W. Bush aurait pu, aurait dû être poursuivi, pendant son mandat, comme le furent Clinton et Trump, et après, mais il n’en fut rien. Ces 10 premières années du 20ème siècle ont donc déjà démontré, bien avant le cas Trump, que le régime des Etats-Unis est peu ou pas « démocratique », qu’il est verrouillé, afin de protéger des responsables, qu’il s’agit d’un régime discriminatoire dans lequel des citoyens peuvent être rapidement poursuivis, condamnés et emprisonnés, parce qu’ils sont pauvres, n’ont pas les bons avocats, et au contraire dans lequel des citoyens « importants » sont absolument protégés – sauf exception (Weinstein, Epstein). Désormais, George W. Bush peint.

Avant l’invasion de l’Irak, les avertissements et les analyses, depuis corroborées par les faits, par Scott Ritter. Cet ancien inspecteur de l’UNSCOM a été écarté des médias américains avant cette invasion, et moqué par ceux-ci.

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