Election présidentielle 2022 : la situation est si grave et si favorable à la gauche que le candidat Macron est obligé de donner le change, mais derrière les principes, la politique néo-libérale continue(rait)

Election présidentielle 2022 : la situation est si grave et si favorable à la gauche que le candidat Macron est obligé de donner le change, mais derrière les principes, la politique néo-libérale continue(rait)

C’est aujourd’hui que le président en poste, et candidat à sa réélection, a tenu une conférence de presse, avec des journalistes triés sur le volet, pour faire connaître son « programme présidentiel », puisque, finalement, son parti LREM en a un – et ce à moins de 30 jours du premier tour.

Pour une journaliste de « Libération » présente, les trois principes de ce programme seraient, « souveraineté populaire, progrès et humanisme », c’est-à-dire, à la fois la négation du contenu pratique du mandat qui se termine, et la copie des principes du programme des candidats de gauche, dont celui de Jean-Luc Mélenchon.

Le président-candidat donne dans les généralités généreuses et creuses : « J’assume d’avoir une volonté de planification », comme si les plans en question pouvaient ne pas être… négatifs.

S’il y a bien un domaine où l’on peut penser que le propos d’Emmanuel Macron est sincère, c’est en ce qui concerne sa volonté d’augmenter le budget des armées, jusqu’à 50 milliards d’euros en 2025, ce qui représenterait une croissance inédite et impressionnante. Les Français ont-ils besoin de toujours plus dépenser dans leurs armées et les armes ? Les deux autres administrations des gens armés bénéficieraient également d’emplois créés avec 10.000 postes à se partager entre policiers et gendarmes.

La culture et l’information sont immédiatement traitées dans un rapport différenciant, France/étrangers, dans un rapport conflictuel et belliqueux. Il s’agirait d’aller vers une « indépendance culturelle et informationnelle« , qu’il explique par la volonté de « protéger l’information libre face aux ingérences« . Si les Français n’ont pas une « indépendance culturelle et informationnelle », c’est la faute aux étrangers ? Pour faire sérieux, on annonce des « Etats généraux pour le droit à l’information » : faire des Etats généraux, c’est, encore, généreux, et cela ne mange pas de pain.

Alors que la politique menée ces 5 dernières années a consisté à nier le principe et le fait de « l’indépendance », par des soumissions multiples, au « marché », à des exigences de l’UE et des Etats-Unis, la notion gaulliste et communiste, de « l’indépendance » est répétée comme un mantra, par exemple en ce qui concerne l’agriculture. Dans un langage technocratique, il s’agirait de « poursuivre la stratégie initiée avec les lois Egalim 1 et Egalim 2, de « renforcer l’action sur le renouvellement des générations ». Et quand l’action politique en France est déjà annoncée comme insuffisante, un autre mantra suffit à régler les problèmes : l’Europe.

EDF n’est pas une entreprise comme les autres. Elle se trouve au coeur de « l’indépendance », de fait, de la France en matière énergétique, et, en raison de mauvais choix, d’une mauvaise gestion, depuis des années, sa situation financière est difficile. « Too big to fail », EDF serait « nationalisée », par une « reprise du contrôle capitalistique par l’Etat de plusieurs entreprises du secteur« , ce qui signifie que des entreprises privées de ce secteur qui sont en difficulté seraient aussi renflouées, ou sauvées par de l’argent public – traduisons, les actionnaires de ces entreprises perdantes percevront de l’argent public pour qu’ils n’aient pas perdu leurs billes et en gagnent même, alors que ces entreprises ont frauduleusement concurrencé EDF. Pour assurer cette indépendance, la production nucléaire serait soutenue et accrue, comme celle des énergies renouvelables : augmentation de la production et diminution de la consommation par des économies.

Concernant « la rénovation thermique des logements », 650 000 logements ont été rénovés en 2021 et « l’objectif est de rénover au moins 700 000 logements par an » dans le prochain quinquennat, soit à peine plus que cette année, soit, en 5 ans, à peine 350.000 logements. Les logements publics et les logements des plus fortunés et aisés deviendront vertueux. Pour les autres…

Le grand patronat obtient une première mesure-cadeau : la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), un des deux impôts territoriaux payés par les entreprises, soit 7 milliards d’euros en moins à payer.

Comme avec les partis qui changent de nom pour faire du neuf, ripoliné, avec du vieux, Pole Emploi disparaîtrait, et « France Travail » synthétiserait tous les services, nationaux et régionaux. Il s’agirait d’aller vers le « plein emploi » – autrement dit, les agents de France Travail seraient vite mis au chômage… Mais rien n’est précisé sur la qualité, le revenu, et la durée hebdomadaire de travail, de ces « emplois » qui permettraient de faire disparaître le chômage. Le diable se cache dans les détails des programmes libéraux…

Les plus pauvres, qui perçoivent le très maigre RSA, devraient donner de leur temps libre. A ceux qui reçoivent un revenu de solidarité active (RSA), EM exigerait qu’ils fassent « leur devoir », en consacrant « 15 à 20 heures par semaine à une activité dans un but d’insertion professionnelle ». « Les bénéficiaires du RSA aujourd’hui ont été les victimes de notre mauvaise organisation collective, a déclaré le président-candidat. Ce que je souhaite faire c’est exactement ce que nous sommes en train de déployer avec le contrat engagement jeunes pour les 18-25 ans ». Mais pourquoi y aurait-il des personnes au RSA si nous sommes dans une société du plein emploi ? Si le RSA continue d’exister, c’est que la politique économique promise ne tiendrait pas ses résultats. Une « solidarité à la source » est annoncée : là encore, il s’agit de synthétiser-simplifier et garantir à celles et ceux qui actuellement ne perçoivent rien de percevoir ce qui leur est, en droit, dû. MAIS il y aura des devoirs…

Les personnes handicapées et les femmes doivent compter sur sa « générosité ». Il s’agit simplement de faire plus que le peu qui a été fait. Autrement dit, il suffit de faire un peu plus qu’un peu, et la promesse aura été tenue. Pour les femmes, « les amendes anti harcèlement » seraient triplées : les effets sont ciblés, avec la monétisation des infractions, mais les causes sont oubliées.

Lycées professionnels et CFA seraient de plus en plus rapprochés, et les premiers imiteraient les seconds. Il y aurait (ce qui se fait toujours), une adaptation des formations à celles qui assurent un emploi à la sortie, et les lycées alternants seraient rémunérés (ce qu’ils doivent être nécessairement, puisqu’ils sont alternants).

La protection de l’enfance est réduite à la protection des enfants à l’égard des écrans. Les « start-up » de l’Internet si prisées du candidat libéral apprécieront. Mais pour lutter contre le temps passé et les contenus négatifs, il s’agit de s’en remettre à l’auto-régulation des plateformes. Ce passage de la conférence est sans doute le plus creux.

Pour l’Education Nationale, il faut quand même donner l’impression de vouloir, faire, quelque chose. Pour le président, la rémunération des enseignants n’est décidément pas un sujet (sauf pour les autres travailleurs). « Le sujet n’est pas de savoir si on va faire une revalorisation de tous les professeurs ». Il s’agit « plutôt de savoir comment on va réussir à changer de méthode collectivement», ce qui ne signifie rien, mais une phrase en plus dans un tel discours permet de meubler. Aussi, pour faire ronflant, est annoncé un « pacte nouveau pour les enseignants ». Et de quoi s’agit-il ? Pour gagner plus, il faudra que les enseignants comptent sur leurs collègues absents et sur la décision de remplacement prise au niveau de l’établissement, et aussi sur le fait d’en faire toujours plus. Les enseignants français qui se disent déjà très fatigués par les « réformes Blanquer » peuvent donc compter l’être encore plus dans les mois à venir, si… Les établissements scolaires auraient de plus en plus une « autonomie » (réelle ou fictive) sur certains sujets.

Logique libérale classique : pour les familles monoparentales, celles-ci pourraient s’appuyer sur un « droit à la garde d’enfant opposable », plutôt que sur un service public effectif, avec le versement d’un complément de mode de garde jusqu’aux 12 ans de l’enfant, contre 6 ans actuellement. L’Allocation de soutien familial (ASF) serait augmentée de 60 euros environ, pour la porter à 174 euros.

Une « réforme des retraites » est annoncée, mais en dehors de sa volonté d’aller vers un âge de départ retardé, à partir de 65 ans, son contenu reste caché.

Comme le MEDEF, la CFDT fait partie des organisations satisfaites par ce programme. En effet, une des mesures annoncées vient de ses propositions, avec un « compte épargne temps universel ».

Autre cadeau-miette, empoisonné : la suppression de la redevance télé, soit 138 euros par an en moins. Eric Zemmour, lui, parle directement de la privatisation de ces médias « publics ». C’est plus clair.

Les immigrés, ces étrangers qui voudront venir en France, devront parler le français, travailler, etc. Si les autres pays imitent une telle mesure à l’égard des Français qui s’expatrient, le nombre de Français qui seront refusés ou expulsés va croître exponentiellement.

Pour aider les Français babyboomers à rester chez eux, l’aide à domicile quotidienne passerait de 30 à 45 minutes. Malgré tout, les EHPAD continueraient d’exister tels qu’ils fonctionnent actuellement (groupes capitalistes), et 50.000 infirmiers et aides soignants viendraient rejoindre celles et ceux qui travaillent actuellement (secteur où le turn over est l’un des plus importants, en raison des souffrances causés par ces métiers de la prise en charge de la grande dépendance).

50 milliards de dépense par an, avec une baisse de certains impôts de 15 milliards – mais rien sur la TVA, l’impôt principal, lequel garantit actuellement avec l’ensemble des hausses de prix des rentrées fiscales inédites et très conséquentes. Les économies se feraient essentiellement sur le dos des retraités et sur les chômeurs.

Si les conseils, départements et régionaux, seraient maintenus, des mêmes élus assureraient les missions dans les deux, avec un « conseiller territorial ». Autrement dit : une nouvelle diminution du nombre d’élus.

Les projets constitutionnels sont réduits au sujet de la « proportionnelle ». Le problème serait traité et réglé par une commission « transpartisane », dont les « opposants » seront sans doute recrutés pour leur compatibilité avec celles et ceux de la majorité LREM, si le président dispose d’une majorité pour cela…

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