Election présidentielle en France : 4 visages pour une seule et même politique, à quelques variables près

Election présidentielle en France : 4 visages pour une seule et même politique, à quelques variables près

Les candidats de la concurrence généralisée se concurrencent : c’est leur « logique », et l’élection présidentielle n’y déroge pas. Mais que penser de quatre candidatures qui vendent le même programme, au même « coût social » ? En économie, les entreprises qui font de même peuvent être accusées d’une entente illégale sur les prix. Là, l’entente est légale, et elle se fait dans la surenchère : toujours plus contre les plus pauvres et les plus pauvres, toujours plus pour les plus fortunés et les plus puissants. Ce sont les candidats du laisser-faire, économique. Dans notre article concernant la stabilité des groupes politiques depuis l’affrontement entre les Girondins et les Montagnards pendant la phase aigüe de la période post-monarchiste, nous avions constaté que la domination des Girondins sur les Montagnards dure depuis plus de deux siècles, même si, à l’intérieur de ce groupe, et aux frontières de ce groupe, il y a des différenciations, entre des « modérés » et des « radicaux », les « modérés » étant plus radicaux que les « radicaux » dans certaines perspectives et inversement. Se différencier de ses concurrents proches est donc une absolue nécessité pour laisser penser, croire, qu’il y a une différence de fond entre soi et les autres, mais il s’agit par là de faire impression. L’important, c’est que l’un(e) des candidat(s) gagne la mise. Pour cela, les Girondins disposent de quatre candidat(e)s : deux hommes et deux femmes – désormais, la droite fait dans la parité, avec Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour. Les variations concernent l’intensité susceptible d’être mise sur tel ou tel sujet du programme – par exemple, le rejet des migrants « sans papier ». Les quatre candidats sont d’accord sur le principe de l’expulsion : ce qui les différencie, c’est le périmètre des concernés, leur identification, la gestion, les méthodes, de ces expulsions. Zemmour, en surenchère de Le Pen, propose le spectre le plus large. Mais Marine Le Pen propose aussi un large spectre, et Valérie Pécresse et Emmanuel Macron sont seulement un peu moins ambitieux et radicaux en la matière, parce qu’ils savent que la France est un pays qui a des liens structurels avec les autres pays du monde, et qu’une intensification, une aggravation des expulsions, notamment par l’intégration dans ces expulsions de femmes et d’hommes qui ont la citoyenneté française, qui ont un emploi, etc, entraîneraient des tensions avec les pays dont ces personnes sont ou sont supposées provenir. Pour les deux plus radicaux, ils balayent ces problèmes, en les ignorant – leur méthode constante quand ils sont confrontés à une difficulté. Les plus pauvres (les migrants sans papier sont des femmes et des hommes financièrement, socialement et juridiquement désarmés), suscitent leur unité, et de l’autre côté du spectre, les plus fortunés suscitent la même unité. Leur programme prévoit de sanctuariser les très grandes fortunes, par divers dispositifs.

Là où ces candidats se différencient, c’est sur ce que les uns disent, et ce que les autres ne disent pas – mais n’en pensent pas moins. Par exemple, Eric Zemmour ne s’en prend pas seulement aux immigrés contre lesquels il propose une batterie de mesures : il entend « mettre fin au gouvernement des juges », mais ses deux propositions lient ce « gouvernement des juges » au « droit européen », alors que nous savons que la droite zemmourienne (et la droite lepéniste est d’accord avec cela, comme les deux autres candidats, lesquels préfèrent toutefois dire les choses « autrement », de manière apparemment plus nuancée), vise surtout le fait que des juges mènent des enquêtes, renvoient devant une juridiction et obtiennent une condamnation contre des « personnes importantes ». Marine Le Pen se différencie des trois autres par des sujets sociaux ou économico-sociaux, jusqu’ici ignorés par le RN, mais dont on peut considérer qu’ils servent surtout à attraper des électeurs et des électrices pour lesquels ces sujets sont sensibles, comme « la protection de l’enfance », « la lutte contre la fraude ». Mais le diable se cache dans les détails : par exemple, concernant « la fraude », si la fraude de la grande délinquance est évoquée, elle ne fait pas l’objet d’une partie spécifique, avec des mesures adaptées, parce que le propos est concentrée sur la fraude « sociale » et « commerciale » – ce qui, compte-tenu de la sociologie des électeurs/trices de Marine Le Pen, ne semble pas très judicieux. La fraude de la grande délinquance reste donc dans l’ombre, et cela sans surprise, puisque le RN est, comme déjà établi, un des partis qui entend protéger les grandes fortunes. A l’inverse de ces innovations programmatiques, dont on peut estimer qu’elles sont essentiellement opportunistes, le programme de Valérie Pécresse souffre d’être un plagiat du programme sarkozyste de 2007, jusque dans ses formules, censées lui attirer une partie de l’électorat sarkozyste, avec la formule creuse du « travailler plus pour gagner plus », le plus formidable truisme de l’époque contemporaine. Sauf que cet électorat a éclaté pour lui préférer le candidat du libéralisme garanti, Emmanuel Macron, la candidate du RN ou le petit nouveau, E. Zemmour. Son incapacité à innover, à surprendre, semble pour l’heure devoir lui être fatal, sauf si cet électorat historique de la droite devait changer d’avis dimanche 10 avril. Enfin, concernant le candidat-président, son programme est une synthèse des programmes des trois autres, selon le principe de l’anneau de Sauron dans « le Seigneur des anneaux ». Sur une base électorale chancelante, le candidat-président a préféré adopter la stratégie du caméléon, pour faire un peu de Pécresse, un peu de Le Pen, un peu de Zemmour, afin que les électeurs/trices susceptibles de voter pour l’un ou l’autre puissent, in fine, lui accorder leur vote, ce qui lui permettrait de passer le premier tour, ce qui, à l’heure actuelle, contrairement à ce que prétendent prédire des « sondages » sérieux, n’est pas du tout assuré.

Les quatre candidats se disputent le leadership de la droite, laquelle se trouve être toujours plus à droite. Mais quand il faudra faire de ce leadership des élus avec les élections législatives, cette proximité, alors que leurs partis, LREM, RN, et à un moindre degré, LR, sont affaiblis, la situation va devenir difficile pour le vainqueur, comme pour ses suivants et possibles alliés. Et la situation est encore pire pour « Reconquête », qui pourrait connaître, d’une manière aggravée, les difficultés du RN à avoir des élus à l’Assemblée Nationale.

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