Elections présidentielles et « sondages » : des biais significatifs, et les angles morts avec, la participation, la dernière semaine, les surestimations et les sous-estimations

Elections présidentielles et « sondages » : des biais significatifs, et les angles morts avec, la participation, la dernière semaine, les surestimations et les sous-estimations

Avant que la campagne officielle ne commence, le temps de parole des candidats dans les médias aura été déterminé par le principe de « l’équité », selon une loi votée par le PS. Une étrange équité, puisqu’elle revient à confirmer les rapports de force électoraux acquis à l’élection précédente, en donnant toujours plus de temps de parole à celles et ceux qui l’ont déjà le plus, et toujours moins à celles et ceux qui l’ont le moins. C’est donc la prime, maximale, au sortant, alors que, déjà en situation de pouvoir avec le gouvernement et la majorité à l’Assemblée Nationale, les « majoritaires » font nécessairement parler d’eux dans les médias par leurs décisions, leurs interventions publiques. Et si on cesse d’être ironique, on doit bien conclure qu’il n’y a aucune équité dans cette logique. Les élus qui ont voté cette loi ont confondu cette équité mal calculée avec la péréquation : le fait de donner plus à celles et ceux qui ont moins et inversement. Avant ou depuis le commencement de cette campagne officielle, les médias se sont auto-bombardés avec des « sondages », qu’ils ont eux-mêmes commandé ou non. Depuis longtemps, ces « sondages », ces supposées « photographies à un instant t » des projections des citoyens sur les élections à venir, sont interrogés, quant à leurs principes, leurs méthodes.

Les chiffres qui sont donnés sont des perspectives. Elles peuvent être fondées, comme une vue réelle sur un paysage, ou, à l’inverse, elles peuvent être hallucinatoires. Toute perspective vise des lignes principales, dont la nature est interprétée. Il en va de même dans les sondages, construits sur des questionnaires simples, simplistes. Pour certaines élections à haut enjeu, comme une élection présidentielle, les sondeurs ne connaissent pas à l’avance le niveau de la participation. Des électrices et des électeurs se décident au dernier moment, la dernière semaine, qu’il s’agisse de participer ou ne pas participer. Or les sondages donnés dans les mois précédents donnent des chiffres à partir des réponses fournies par celles et ceux qui, au contraire, avaient déjà une décision, prise, fixe. Mais le jour venu, la participation, augmentée, ou l’abstention, augmentée, change tout. En outre, les sondeurs utilisent des méthodes dans leur méthode, notamment le « redressement » : ils estiment qu’un(e) candidat(e) peut bénéficier d’un vote sous déclaré dans leurs sondages, et qu’un(e) autre candidat(e) un vote surdéclaré. Donc, « ils redressent » : à la louche (mais pas trop). Entre décembre 2021 et avril 2022, le candidat Mélenchon est passé ainsi de 8% à 16%. Est-ce à dire que des électrices et des électeurs qui n’avaient rien décidé, ou qui avaient décidé de voter pour un autre, ou est-ce qu’en décembre, les intentions le concernant étaient sous-estimées ?

Autant dire que les chiffres fournis par les « instituts de sondage » sont… relatifs, douteux. Les plus récents ont attribué au président en place une augmentation significative des intentions de vote, augmentation qui, ces derniers jours, se tasserait, ou s’annulerait même. Pourtant, dans la population, le chef de l’Etat français est majoritairement rejeté. Les médias ont inventé depuis plusieurs années une réponse habile, quand ils sont confrontés à des sondages dont les résultats les gênent : ils présentent un résultat négatif en résultat positif, avec « 35% des Français approuvent l’action du chef de l’Etat, un chiffre en hausse de deux points ». Alors qu’une majorité de ces Français, eux, désapprouvent… Il faut donc le savoir : nous vivons l’époque de toutes les manipulations, possibles et réalisées, ET une des décisions politiques majeures devrait concerner le fait d’attaquer les conditions de possibilité de ces manipulations, pour les empêcher à la racine ou pour les contrôler strictement. Actuellement, nous continuons de laisser faire ces entreprises d’influence… Et à 11 jours du premier tour de cette élection, les citoyens sont donc bombardés de fausses prédictions (les sondages ont pris le relais de l’astrologie), qui suscitent des commentaires à foison, sur des bases irréelles, des commentaires pour rien, MAIS ce qui occupe de l’espace dans les journaux et magazines, du temps dans les médias audios et visuels. Pour : ET ne pas parler d’autre chose ET affirmer que l’élection est déjà jouée, et que le soir du premier tour, le résultat sera… Le 21 avril 2002, on sait ce qu’il en fut de la valeur de ces « prédictions ».

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