Indépendance D, un média qui se justifiera par ses preuves de ! Partie 1

Indépendance D, un média qui se justifiera par ses preuves de ! Partie 1

La situation française, tant générale que celle des médias, est à la fois bien connue et mal connue. Bien connue : chacun perçoit qu’il y a quelque chose de « pourri » au Royaume de France… « Royaume », tant le statut du « Président de la République », ce qu’il fait, ce qu’il prétend être ses droits et ses devoirs, font ressembler cette République à une royauté, en pire… Et concernant la situation des « médias », chacun perçoit aussi que les Ogres milliardaires qui thésaurisent en achetant et contrôlant des médias, un peu, beaucoup, à la folie, imposent aux Français la situation d’une « République bananière » d’Amérique du Sud que, pourtant, nos porte-parole VIP vilipendent dès qu’ils peuvent comparer la « démocratie française » à la « tragédie vénézuélienne ». Mais c’est précisément pour ne pas travailler à partir de telles caricatures, de telles réductions, et, in fine, de tels mensonges, que le projet « Indépendance D » est formulé. Pourquoi ?

La question de l’indépendance et du média ET des rédacteurs, journalistes, est, on le sait, centrale. Nombre de médias disposent d’une « charte » dans laquelle ce sujet est énoncé, et des engagements sont annoncés pour assurer aux lecteurs/lectrices, citoyennes/citoyens, que cette « indépendance » leur est garantie. D’autres, plus ambitieux, font explicitement référence à la fameuse « charte de déontologie de Munich (1), mais, quoiqu’il en soit de la valeur de cette charte, elle est clairement insuffisante puisque le premier article concerne la « vérité » et que l’indépendance comme telle n’est pas formulée, en tant que, principe, nécessité, valeur. Ce problème de l’indépendance est toutefois évoquée par les articles 9 et 10, puisque ceux-ci affirment que « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs » et qu’il faut « refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction. Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre. » Les implications de ces principes sont tels que l’on doit bien constater que des médias et des journalistes (et non LES médias et non LES journalistes) ne les respectent pas, mais se soumettent à l’influence de telle ou telle propagande, à l’ingérence gouvernementale. Quant à ceux qui diffusent de la publicité, ils sont, de facto, en difficulté quant au fait de « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire » : trop de médias font des publi-reportages, sans les annoncer comme tels, et sans faire des publi-reportages, certaines parutions, certains reportages, se confondent avec une « publicité », par exemple, dans la presse « people » ou dans la presse « économique ». C’est que le monde moderne dans lequel nous nous trouvons se définit par la constitution de partis et de groupements d’intérêts, lesquels entendent que ce qui est dit en place publique soient conformes à ce qu’ils souhaitent. Mais est-il sensé et légitime de donner dans le relativisme, et de mettre à égalité les travailleurs de tel ou tel métier qui ont intérêt à ce qui est dit soit conforme à leurs intérêts et à ce qu’ils souhaitent, avec les actionnaires de telle ou telle multinationale ? ou avec des représentants ou des membres d’un Etat ? Non : parce que les premiers n’ont souvent pas de médias qui assurent le relais de ce qu’ils pensent et veulent dire, alors que les seconds ont de tels médias, soit qu’ils aient été constitués à cet effet, soit qu’ils soient passés sous tutelle. Or les premiers sont économiquement faibles, et bien souvent, nombre d’entre eux ne lisent pas, ne sont pas abonnés à un média, non pas qu’ils n’en aient pas les capacités, mais parce qu’ils n’en ont pas le temps et que le coût d’un abonnement, même réduit, rentre en compétition avec toutes les dépenses familiales. A l’inverse, les seconds sont économiquement forts : ils sont des accumulateurs, de revenus, et avec, ou ils financent directement des médias qui sont sous contrôle ou ils les soutiennent par l’achat, comme peut le faire une minorité avec « l’Opinion », danseuse de quelques grandes fortunes françaises. Et avec ces médias sous influence, les engagements cités dans la charte de la déontologie sont bien souvent, oubliés, bafoués. Il suffit de voir comment les puissants, les représentants des grandes entreprises, y sont traités, et inversement, comment les habitants, pauvres, des quartiers, pauvres, le sont. C’est pourquoi sur ce sujet si décisif de « l’indépendance », « Indépendance D » va dénoncer dans les prochains jours, ce que nous en comprenons, ce que sont nos engagements, exigences, devoirs.

(1)

Déclaration des devoirs
Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :


1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;
2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;
3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents ;
4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;
5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;
6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;
7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement ;
8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ;
9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs ;
10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.
Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

Déclaration des droits


1) Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de motifs clairement exprimés.
2) Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.
3) Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou sa conscience.
4) L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise.
Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche,
licenciement, mutation et promotion de journaliste.
5) En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique.
Munich, 1971

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