Le Parti Socialiste en France, seul parti social-libéral en Europe réduit à presque rien – en 30 années, avec Mitterrand, Jospin, Hollande, la démonstration d’une duplicité ontologique

Le Parti Socialiste en France, seul parti social-libéral en Europe réduit à presque rien – en 30 années, avec Mitterrand, Jospin, Hollande, la démonstration d’une duplicité ontologique

Après une primaire fantomatique pour désigner son ou sa, candidat(e) à l’élection présidentielle française de 2022, le « parti socialiste » français en est venu à présenter et « soutenir » celle qui a remporté ce politique-crochet au terme d’un faux suspense, Anne Hidalgo, la maire de la mairie « fédérale » de Paris. Pour inaugurer sa campagne, elle lançait une promesse : doubler le salaire des enseignants de France, dont le niveau de salaire est l’un des plus bas des pays riches et industrialisés. Mais confronté au scepticisme des mêmes enseignants quant à cette promesse et à la critique constante du parti français dominant « combien ça coûte », la candidate a très rapidement modifié sa promesse, pour la réduire, pour l’oublier. Et, au-delà de cette promesse, ce sont ses propositions qui sont inaudibles : « raisonnables », de type centriste, elles ne correspondent pas à la vérité du moment, qui est tragique, violent, radical. Quand la « modération » (réelle ou prétendue) est un handicap, choisir de jouer cette partition dans le chaos ou la cacophonie ambiante revient à se faire discret, voire invisible. Et les « meetings » de campagne de la candidate révèlent où elle en est : à rassembler des maigres troupes, démoralisées. En France, presque plus personne ne s’étonne d’un état de fait, mais il faut s’expatrier pour regarder la situation française. En Espagne, en Allemagne, au Portugal, les partis « frères » du PS, les partis « socialistes » nationaux sont au pouvoir. Au Portugal, les élections qui se sont tenus fin janvier 2022 ont apporté à ce parti et à son dirigeant, Antonio Costa, la majorité absolue, alors qu’il dépendait, depuis deux mandatures, d’une majorité relative, avec une alliance forcée, avec le PCP et « Bloco », un parti comparable à la France Insoumise. Est-ce à dire que les électeurs et électrices de ces partis « socialistes » de ces pays sont enthousiastes à l’égard de ces partis ? Non. Au Portugal, ce résultat a été obtenu par Antonio Costa et son parti parce que l’actuel premier ministre a su se servir de la campagne de la droite concurrente pour faire peur, et sans doute à juste titre, puisque son candidat, Rui Rio, rejetait, un jour, une alliance avec la petite extrême droite portugaise, Chega, pour, le lendemain, lui ouvrir la porte. Or, la majorité des citoyens du Portugal, une majorité modeste, garde des souvenirs amers, et pire encore, de l’extrême droite au pouvoir, avec les décennies de pouvoir de Salazar. En Espagne, le parti socialiste dirigé par Pedro Sanchez a obtenu, en 2019, après plusieurs péripéties, une majorité relative aux Cortes (absolue au Senat), au Congrès des Députés, par une alliance avec Podemos et le soutien de plus petits partis, régionaux. En Allemagne, le peu politico-génique, Olaf Scholz, est parvenu à devenir le premier ministre (chancelier) pour succéder à Angela Merkel, et ses longues années à la tête de l’Allemagne. Il dirige une coalition avec les Verts et le parti libéral. Or, en France, la candidate du PS est actuellement créditée par les sondages d’un score compris entre 1% et 3% des voix. Est-ce que ce « chiffre de prédiction » (nous ferons connaître prochainement notre analyse de la logique et des systèmes de sondage en France) traduit une « erreur de casting » ou l’état d’un parti en décomposition, avant disparition ?

Dans l’éventail des partis politiques en France, la classification officielle, utilisée tant dans les systèmes scolaires que par les « spécialistes de la politique en France », place le parti socialiste dans ce que tous appellent « la gauche ». L’ascension du parti socialiste s’est opérée, à la fin des années 70 et au début des années 80, par le transfert d’anciens, électeurs, élus, engagés, du PCF vers lui, et ce de manière accélérée à partir de la victoire de 1981. Mais dès les premières années de ce septennat de François Mitterrand, les désillusions, déceptions, et pire encore, sont apparues, dès lors que ses gouvernements ont suivi une politique générale, notamment économique, « centriste » – donc, de droite. La victoire de 1981 a été obtenue parce que de nombreux électeurs communistes ont préféré voter pour François Mitterrand au premier tour, et parce que la droite était divisée. Si nombre de Français ont fêter cette victoire partout en France le 10 mai 1981, nombre restaient sceptiques tant sur Mitterrand lui-même que sur le PS. Et les années qui ont suivi leur ont donné raison *. Sa réélection, sept ans plus tard, bien plus « force tranquille » que la première, aura aussi été obtenue principalement en raison de la politique de la droite, dirigée par J. Chirac, en 1986 et 1988, thatchérienne et associant, déjà, des éléments de l’extrême-droite (Madelin).

Mais les trois gouvernements PS, dirigés par, Rocard, Cresson, et Bérégovoy, ont constitué une lente descente aux enfers, par l’amplification de la ligne « sociale-libérale ». A tel point que, en 1995, la victoire de J. Chirac en fut facilitée, dès lors qu’il avait réussi à prendre le dessus sur l’autre candidat de droite, E. Balladur. Mais comme si les leçons de 86-88 n’avaient pas été retenus, Chirac s’est entêté à suivre une politique « libérale », violente, incarnée par celui qu’il appelait « le meilleur d’entre nous », Alain Juppé, et le rejet de cette politique, incarnée par la grande grève contre la réforme sur le financement des retraites, a été tel que le coup de poker de Chirac, une dissolution en 1997, lui a imposé une cohabitation, avec Lionel Jospin, après celles de Mitterrand. Une fois de plus, le PS se retrouve avec les cartes en main. Avec l’apparente réduction du temps de travail (les 35 heures), et une politique d’investissements sociaux faibles, mais, de fait, supérieurs à la droite, l’état positif des comptes (budget de la sécurité sociale excédentaire, réduction de la dette publique, etc), Lionel Jospin s’est laissé griser par les voix des sirènes qui lui annonçaient une victoire facile contre J. Chirac en 2002, alors que pour nombre de Français, le PS avait encore largement trahi ses engagements (nombre record de privatisations, laisser-faire face aux grandes entreprises et aux licenciements, une politique symbolisée par un Ministre de l’Economie, D. Strauss-Kahn, inquiétant…).

Et, avec la diversification des candidatures, avec l’apparition, pour la première fois, d’un candidat vert solide, avec Noël Mamère, les candidatures dissidentes de Jean-Pierre Chevènement (qui avait quitté le gouvernement pour une sombre affaire corse), de Christiane Taubira, la médiatisation des sujets et des critères de l’extrême-droite, le cocktail explosif du 21 avril 2002 était prêt à exploser. Une déflagration dont les effets de souffle continuent de peser sur la politique en France, par une extrême droite qui, à ce type d’élection (présidentielle) continue de bénéficier d’un nombre de voix conséquent, en devenant ainsi un trou noir qui détermine tout ce qui est autour d’elle sans pour autant avoir être capable de se servir de cette énergie pour créer un succès décisif. La victoire de J. Chirac, par K.O, sur et contre Jean-Marie Le Pen, au soir du second tour, n’a pas incité cette droite, dite « républicaine », « modérée », largement élue par des électeurs et électrices de gauche, par rejet mécanique de la candidature de J.M. Le Pen, à se tourner vers la gauche, par un gouvernement novateur, divers, civique, et une politique syncrétique et synthétique. Jacques Chirac a fait le choix de mettre en place le premier vrai gouvernement de droite/extrême droite, en intégrant des politiques qui, bien que membres de son parti, s’y situaient à l’extrême-droite (Sarkozy, Fillon, etc). L’incapacité, ou l’absence de volonté, du PS, d’affronter radicalement cette ligne, au motif qu’il y avait eu un vote unitaire au second tour de l’élection présidentielle, a conduit à choisir pour candidate à l’élection présidentielle, Ségolène Royal, laquelle a conduit une campagne qui a voulu faire le lien entre le « social » et le « national », a démontré que le PS s’est officiellement et clairement déplacé vers la droite, au motif que celle-ci semblait être victorieuse sur tous les plans, y compris sur le plan « culturel ». Logiquement, le vrai candidat de cette ligne a été préféré à sa pale copie. Les 5 années de Sarkozysme ont été, pour une majorité de Français, un long cauchemar, avec une montée en puissance de cette extrême-droite au sein de la droite « de gouvernement ». Comme certains avaient voté pour Chirac en 2002, nombre ont voté pour Hollande en 2012 contre Sarkozy, mais peu pouvaient anticiper que les cinq années qui allaient suivre allaient être, dans un certain sens, pire que les cinq années précédentes. Si Sarkozy n’a pas trahi son camp, mais, au contraire, l’a enchanté (et ils le pleurèrent longtemps après sa défaite, et ce n’est pas encore fini), la politique suivie par François Hollande et ses gouvernements successifs a été tellement explicitement de droite, que lorsque les élections de 2017 se sont approchées, le président en place a dû se résoudre à ne pas être à nouveau candidat, puisqu’une défaite cuisante lui était promise.

Et, pendant ce temps-là, l’ex membre du parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon constituait autour de sa personne une force politique officiellement anti-PS, avec, le parti de gauche, puis la France Insoumise, et désormais, pour ces élections, « l’Union Populaire ». Si, dans le même temps, le PS a su conserver des élus locaux, régionaux, c’est par la déconnection de ces élections avec ce que les électeurs pensent de la politique, au niveau national. Mais même ces élus sont eux aussi menacés à terme de perdre leurs mandats. C’est que les dirigeants du PS ont décidé de perdre définitivement et avec joie toute politique équilibrée, laquelle a consisté à accorder des avantages et des bénéfices au patronat, au monde financier, en même temps qu’il cédait des « droits », même relatifs, aux travailleurs, aux citoyens. Le « social-libéralisme », cet oxymore, a fait place à du libéralisme tout court, sans la moindre politique sociale, digne de ce nom, cohérente. Le mot qui revient le plus pour caractériser ce parti et ces élus est celui de « trahison ». Et pour celles et ceux qui le prononcent, il est certain que le parti socialiste n’est plus un parti de gauche – si tant est qu’il l’ait été un jour. Pour Jean-Luc Mélenchon, la victoire de 1981 mérite d’être encore étudiée, honorée…

A découvrir : le site, anémié, aseptisé, du PS et sa page « Le savais-tu ? », réduite à des pages dédiées à Blum… (cf la mise à jour en fin d’article)

* comme sur certains sujets importants, qui ne peuvent être développés au sein d’un seul article, nous reviendrons sur ces périodes de l’Histoire contemporaine, française, dans d’autres publications.

Mise à jour : le lien ciblé sur une page du site Internet du parti socialiste est devenu « brisé », parce que le site a été modifié. Le lien vient d’être changé, et renvoie désormais vers un site qui archive les pages Internet. Des copies d’écran ont été effectuées pour démontrer la véracité de notre affirmation. En voici un exemple ci-dessous.

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