« Libération » et l’indépendance – 15 millions d’euros en perfusion pour…

« Libération » et l’indépendance – 15 millions d’euros en perfusion pour…

Libération est un quotidien dont les différentes formules qui se sont succédées ces 20 dernières années ont eu pour principe constant : on ne change pas une formule qui perd. C’est que le titre, fondé en 1973, par une « bande des 5 » (Sartre, Lallement, Vernier, July, Gavi), a tendance à revenir à ses modestes origines : le premier numéro faisait 4 pages. Ces dernières années, les ventes ont constamment baissé, comme les effectifs. Désormais, une « offre numérique » à un prix très faible est proposée, afin de maintenir un niveau, digne, de lectorat. Dans ses commencements, le financement devait être uniquement assuré par les ventes, sans ventes d’espaces publicitaires et sans actionnaires. Un an après sa création, Serge July prenait le contrôle de la direction de publication, avec le départ de Sartre et Vernier. Il sera son âme damnée pendant plus de trente ans. Si les premières années attestent d’une ligne démocratique-révolutionnaire, avec des salariés égaux (un seul et même salaire), le quotidien suit le mouvement des années 80, les années Mitterrand, d’un nouveau social-libéralisme. Si les ventes sont excellentes pendant longtemps, les difficultés économiques structurelles, le chômage de masse toujours plus important en France, l’évolution de la ligne éditoriale, toujours plus centriste, droitière, y compris par le ralliement à l’OTAN (cf nos publications à ce sujet), font passer les ventes de plus de 200.000 exemplaires quotidiens à près de 135.000 avant le départ de July, et ont continué de baisser depuis (les chiffres les plus récents sont publiés ici). Les pertes financières sont telles que, à plusieurs reprises, l’existence du quotidien a été en jeu. Mais la marque-titre reste forte, et la disparition de « Libération » serait celle du seul quotidien de gauche-et-de-droite. En 2017, comme en 2022, le quotidien a soutenu Emmanuel Macron, notamment en attaquant diversement un de ses plus importants adversaires, Jean-Luc Mélenchon. C’est que le quotidien était devenu entre temps celui du PS. Aujourd’hui, sa situation financière continue d’être mauvaise, et la direction recherchait depuis plusieurs mois 15 millions d’euros. Le milliardaire tchèque qui investit dans de nombreux médias en Europe et notamment en France, Daniel Kretinsky, a fait savoir cette semaine qu’il prêtait 14 millions d’euros et faisait don d’un million au « fonds de dotation pour une presse indépendante ». Le milliardaire a déclaré être « heureux de participer ainsi à la pérennisation d’un journal indépendant et indispensable au débat démocratique ». Mais Libération est-il encore un quotidien « indépendant » ? Sur les sujets les plus importants, il est aligné sur les principes et les affirmations de l’Etat, de l’Etat américain, et de grandes entreprises.

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