« Médiapart » et l’indépendance : que dit le crash-test ? première partie

« Médiapart » et l’indépendance : que dit le crash-test ? première partie

Demain, samedi 24 septembre 2022, la rédaction de Médiapart organise au Centquatre à Paris, une journée intitulée « Les combats de l’indépendance, journalisme et démocratie ». Le programme de cette journée est accessible ici : https://www.mediapart.fr/lefestival
Edwy Plenel présente cette journée ainsi :

Dans cette présentation, Edwy Plenel explique qu’il s’agit de marier « les enjeux du journalisme et les exigences de la démocratie« . Le programme concerne toutes les « urgences« , « démocratiques, (…) climatiques« ., à propos de la « responsabilité du journalisme dans un moment comme le nôtre. » « Il s’agit de ne pas être prisonnier des propagandes, des fausses nouvelles, des mensonges, de ne pas être manipulés, de ne pas être sous la pression d’intérêts extérieurs à l’intérêt public« . « Le journalisme sert à ça, le journalisme intègre, (…) indépendant, (…) sans fil à la patte. » « Cette nécessité d’un journalisme libre et indépendant« . Or, pour Médiapart, il s’agit avant tout d’une prétention, d’un fondement, qui n’a pas à être un objectif, et les journalistes, associés, de Médiapart, rappellent régulièrement que Médiapart a une seule source de financement, les abonnements, puisqu’il n’y a pas de publicités sur Médiapart et d’actionnaires capitalistes. Mais cela suffit-il pour qu’il y ait indépendance, DE FAIT ?

L’une des principales questions qui se posent à propos de la rédaction de Médiapart réside dans les rapports d’un certain nombre de ses journalistes avec l’Etat français. Officiellement, Médiapart en est « indépendant », puisqu’il y a des publications qui concernent l’Etat français, par des informations et des critiques. Mais celles-ci sont toujours limitées. Et l’analyse des informations diffusées par Médiapart prouve que cette rédaction a des sources au sein même de l’Etat. Ces sources sont-elles des taupes ? S’il y a des sources qui en sont, d’autres sources sont indiscutablement de haut niveau et n’en sont pas. Comme le Canard Enchaîné, Médiapart relaie ainsi des « informations » d’Etat, qui sont tout autant des perspectives d’Etat. Mais l’analyse des publications « critiques » envers l’Etat permet d’établir que les critiques sont, en effet, « modérées », qu’elles ne vont jamais très loin ou « trop loin ». Si, à la différence d’un Sarkozy, on devine que les membres de cette rédaction, quand ils se regardent dans un miroir, ne se désolent pas, on peut constater que lorsqu’ils se comparent, ils se rassurent, et ce d’autant plus facilement que les médias installés, financés, dominants, ne sont pas du tout indépendants et publient des informations de peu de valeur. Depuis les débuts de la guerre en Ukraine, la rédaction de Médiapart est parfaitement alignée sur les positions étatiques françaises, européennes, occidentales. Poutine a déjà été comparé à Staline (à lire notre publication antérieure sur le sujet). L’Ukraine est présenté comme un Etat, victime de la Russie, sans que sa propre responsabilité dans cette guerre soit envisagée, étudiée. Des décisions de Zélenski ne font pas l’objet d’une présentation et d’une analyse, fortes (interdiction des partis de gauche). Les arrestations, voire les assassinats, d’Ukrainiens, opposés à cette guerre avec la Russie (comme les frères Konovitch, jumeaux à la tête du Parti Communiste, pour sa partie jeunesse) ne font l’objet d’aucune publication, bien que la rédaction ne puisse les ignorer. Pourtant, en juillet dernier, 25000 personnes avaient déjà été arrêtées depuis la fin février. Concernant la militarisation de l’Union Européenne, en liaison avec l’OTAN, les articles de Médiapart la décrivent, régulièrement, au fur et à mesure des décisions et des effets de celles-ci, mais ils ne la critiquent pas, bien qu’Edwy Plenel plaide toujours officiellement contre « l’impérialisme ».

A la différence d’un Edwy Plenel, nous ne voulons pas faire de l’indépendance un principe et/ou un objectif, mais un fait, et un fait qu’il faut démontrer, qu’il faudra démontrer chaque jour. Quand « Indépendance-D » prendra son envol, alors que nous en sommes seulement à une phrase préparatoire, nous ne percevrons pas de fonds de la part de sources capitalistes, d’actionnaires ou d’entreprises, y compris via la publicité, mais nous veillerons à ne pas être sous le contrôle et l’influence de l’Etat, « l’influenceur » le plus important en France et dans le monde. C’est pourquoi, à propos de la guerre en Ukraine, nous avons, jusqu’ici, peu publié. En effet, nous considérons que l’environnement guerrier, tragique, criminel, par essence, de la guerre, selon les moyens actuels, étatiques, de celle-ci, ne permet pas un travail journalistique indépendant; qu’il n’est pas possible de relayer les affirmations des uns et des autres (sur les crimes de guerre, les actions en cours, les chiffres, etc). Médiapart en a publié beaucoup. A chacun de les lire et de comparer. La journée de demain sera donc là pour que des journalistes et des amis de Médiapart décernent des satisfecits à Médiapart : on est jamais mieux servi que par soi-même, et l’environnement médiatique français, dramatique, entre les mains de milliardaires tous autant liés aux pouvoirs en place les uns que les autres, ne risque pas de le faire à leur place (cf la haine d’un Apathie envers Plenel et Médiapart). Mais une telle journée ne sera pas, de fait, « indépendante », gérée par une organisation extérieure à Médiapart. Il y aura donc contradiction dans les faits. Là encore, nous ouvrons un chantier : c’est pourquoi il s’agit de notre première publication à propos de Médiapart.

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