Mikhaïl Gorbatchev : Avec la fin de l’URSS, les fratricides ont eu la peau de la fraternité, seconde partie

Mikhaïl Gorbatchev : Avec la fin de l’URSS, les fratricides ont eu la peau de la fraternité, seconde partie

Comme nous l’avons rappelé dans nos deux premières publications, Mikhaïl Gorbatchev n’a pas eu à souffrir, ni à participer, à la Seconde Guerre Mondiale. Une partie de sa famille se tenait à distance du régime, et a même pu être mis en cause publiquement (cf ce grand-père qui a été condamné à mort puis relaxé). Et, malgré cela, sa famille, via ce même grand-père, a pu avoir des responsabilités sociales, politiques, locales, qui, sans doute, ont permis de le sauver et même de retrouver sa vie familiale et sociale. Le jeune Mikhaïl Gorbatchev est donc un jeune Soviétique qui sait que le pouvoir politique est puissant, effectif, voire dangereux mais aussi, logiquement, inversement, protecteur. Pour soi et pour les siens, il vaut mieux en être. Mais son engagement dans le Parti Communiste, dans le pouvoir politique, ne dépasse pas cette motivation que les communistes d’autrefois qualifiaient d’opportunisme. Or c’est un tel homme qui, comme tant d’autres avant lui et tant d’autres après lui, a avancé masqué. Bien que le Politburo est retardé son accession au sommet de l’URSS, le vieillissement et ses effets permanents, puis la mort même des anciens dirigeants, ont fini par créer un vide qui justifiait, aux yeux des survivants, de passer le relais à une jeune génération, quelles que soient les inquiétudes qu’elle pouvait leur procurer. Fin 1984, Gorbatchev est donc officiellement promu, par un voyage en Angleterre, pour y rencontrer Margaret Thatcher, féroce anti-communiste. Début 1985, il devient secrétaire général du PCUS. Les récits officiels occidentaux affirment qu’il agit pour « sauver le système », et ce via des « réformes de structure » alors qu’il change le système. Une de ses premières mesures vise la consommation d’alcool, et notamment la vodka. Si, en effet, l’alcoolisme caractérise le mode de vie des populations, il y a plusieurs facteurs qui se conjuguent pour expliquer cette importante consommation, y compris le fait que dans les régions où le froid intense sévit fréquemment, l’alcool est un produit qui « réchauffe » les corps, d’une manière tout aussi artificielle qu’une climatisation. Mais il y a aussi les traumas de la « grande guerre patriotique », celle de la « guerre civile » d’avant-guerre, la fatigue face à la surcharge de travail, etc – toutes choses que l’on retrouve à des degrés divers dans les pays comme la France, l’Angleterre, sans que ces régimes, eux, ne mettent en place une nouvelle « Prohibition », dont l’exemple américain fut un modèle d’échec. Et c’est ce qui advient pour cette campagne qui ne parvient pas à endiguer cette consommation (qui dès lors passe par un marché parallèle), sans compter qu’elle prive les finances publiques des taxes prélevées sur ces achats. En outre, cette Prohibition soviétique alimente le procès social de la différence entre la population et les « élites » qui, derrière les murs de leur maison ou de leur lieu de travail, consommeraient librement de l’alcool de qualité, acheté aux Occidentaux notamment. Une telle campagne aurait pu être menée si elle avait été proposée aux « bases », si celles-ci, après des débats et des choix, l’avaient mené, d’une manière adaptée, progressive. En lieu et place, ce nouveau pouvoir, tant vanté en Occident pendant cette période comme aujourd’hui encore (cf les publications qui ont rendu hommage à Gorbatchev), a agi avec brutalité et grossièreté, pour échouer. Or cette campagne est emblématique de ce que Gorbatchev va entreprendre : des belles intentions sur le principe, et des échecs les uns après les autres. Si, en son temps, Khroutchev a pu être démis de ses fonctions, il n’en ira pas de même avec Gorbatchev qui ne sera pas démis par le Parti Communiste, mais par les « libéraux » dont il a favorisé l’essor. L’acte de « trahison » (et c’est ainsi que Gorbatchev est perçu en Russie et dans d’autres ex Républiques) du passé sera accompli avec la « réunification allemande » (objet de notre prochaine publication).

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