Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a, en partie, « réussi » au bout de 14 ans après son départ du Parti Socialiste ?

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a, en partie, « réussi » au bout de 14 ans après son départ du Parti Socialiste ?

Fin 2008, les militants du PS votaient en faveur d’une motion menée par Ségolène Royal. Jean-Luc Mélenchon, adhérent et dirigeant du PS depuis trois décennies, faisait le choix de le quitter. « Par fidélité à nos engagements, nous prenons notre indépendance d’action. Nous quittons le Parti socialiste », dont il dénonçait la « dérive libérale » et appelait à « la construction d’un nouveau parti de gauche »,« à la constitution d’un front de forces de gauche pour les élections européennes ». Cette analyse constante de la dérive du PS avait le mérite d’être énoncée avant que celle-ci ne se réalise vraiment, à partir de 2012, et confirmée par les évènements, elle a accru sa pertinence et sa valeur. 14 ans plus tard, le PS français est devenu, avec l’élection présidentielle 2022, fantomatique, et, au coeur de la fédération prophétique « Union Populaire », le parti « La France Insoumise », est devenu le premier parti de gauche. Comment un homme politique, réfléchi, stratège, brillant, mais caractérisé également par des limites, des défauts (qui lui sont souvent reprochés, son caractère, etc), a t-il pu parvenir à dominer, terrasser, son ancien parti, à lui substituer son propre parti, en tant que parti-centre de cette galaxie agitée, « la gauche » ?

L’occasion fait le larron Mélenchon, en maintenant son cap, quoi qu’il en soit. A partir d’un minuscule parti, « le parti de gauche », Jean-Luc Mélenchon est parvenu à unir des militants et des partis : avec « le Front de Gauche », puis avec « la France Insoumise », et enfin, « l’Union Populaire ». Les deux partis, le parti de gauche et la France Insoumise, existent encore aujourd’hui. C’est que, du point de vue constitutionnel, il n’est pas possible de faire sans un parti. Comme la sursomption hégélienne, cette théorie du millefeuilles, Jean-Luc Mélenchon préfère construire que détruire, et il n’hésite donc pas à ajouter des étages aux organisations déjà existantes. En 14 ans, il a su coloniser l’espace communiste et l’espace socialiste, parce que, dans le même temps, les dirigeants du PCF et du PS faisaient des choix contre-productifs pour eux-mêmes et leurs partis. L’auto-effacement des communistes comme des socialistes a rendu possible le développement du militantisme en la faveur de Jean-Luc Mélenchon. Il a commencé par être un partenaire, difficile, exigeant, avec le PCF, alors que le rapport des forces était en faveur du vieux parti égalitariste. Il a obtenu d’être le candidat commun avec le PCF en 2012 et 2017. En 2022, il n’a ni obtenu ni souhaité être à nouveau un candidat d’union avec le PCF avant le premier tour, même si ses sympathisants ont fortement harcelé les sympathisants communistes dans les semaines qui ont précédé le premier tour, afin qu’ils votent en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Pour la troisième fois, Jean-Luc Mélenchon a fini derrière Marine Le Pen (quatrième en 2012, troisième en 2017 et 2022), mais le candidat PCF, Fabien Roussel, obtenait un résultat très faible, 2,22%. C’est surtout du côté du PS que le changement aura été impressionnant : premier parti de France en 2012, avec, pour la première fois, une majorité politique, tant à l’Assemblée Nationale qu’au Sénat, avec une majorité de mairies, de départements, de régions, le quinquennat de François Hollande a constitué un sabordement inédit, un hara-kiri inédit, qui s’est prolongé avec le premier quinquennat Macron, puisque nombre de membres du PS l’ont rejoint. La réussite de Jean-Luc Mélenchon a donc été fondée par des changements extérieurs au Parti de Gauche et à la France Insoumise, qu’il faut comprendre, expliquer : pourquoi les deux plus grands partis de l’après seconde guerre mondiale se sont, d’eux-mêmes, effacés, par des stratégies destructrices ? Avec le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le candidat de l’Union Populaire a, encore, fini troisième, à quelques encablures de la candidate du Rassemblement National, mais avec un capital de près de 22%, alors que les autres partis de gauche obtenaient, chacun, un score inférieur à 5%. Alors que l’écologie bénéficie d’une surexposition politique/informationnelle, le candidat EELV menait une mauvaise campagne, atone et convertie au soutien militaire pour l’Ukraine. Le candidat PCF menait une tout aussi mauvaise campagne, identitaire, à tous les sens du terme, à coup de buzz. La candidate du PS faisait pire encore, dans un effacement personnel impressionnant (elle est tout de même maire de Paris mais a été incapable de se servir de cet appui), avec une campagne minée par des contradictions, par l’héritage PS, absolument empoisonné, rejeté, en France. Les candidats des partis révolutionnaires, appréciés par beaucoup, obtenaient peu de voix, parce que nombre de leurs potentiels électeurs préféraient faire un « vote utile », officiellement rejeté par Jean-Luc Mélenchon, mais, en pratique, sollicité par ses militants. La réussite de Jean-Luc Mélenchon est donc une synthèse : entre la sociale-démocratie ancienne (PS) et le communisme historique, structurel; entre ses propres atouts, programmatiques, thématiques, et les mauvaises stratégies de ses concurrents de gauche.

Le voilà donc à la tête de l’Union Populaire, à nouveau candidat, pour être premier ministre, dans une nouvelle cohabitation. C’est son dernier combat politique. Il n’a pu réussir qu’en raison d’un contexte politique français spécifique : avec un parti politique tout-puissant qui a mené une politique tellement contraire à ses affirmations préélectorales et sa propre histoire, qu’il est devenu le synonyme de la trahison, à l’image de sa figure la plus représentative et la plus détestée, Manuel Valls; avec un parti communiste dont les dirigeants supposés nouveaux, avec Fabien Roussel, ont prolongé les erreurs de celles et ceux qui l’ont précédé, depuis les années 70/80. Les électeurs de gauche de 2022 devaient choisir entre une figure active et charismatique, et des candidatures plus ou moins inadaptées aux sentiments et aux besoins des familles et des citoyens, populaires. Car si Jean-Luc Mélenchon et son entourage ont un mérite, c’est d’avoir travaillé inlassablement, tant sur les sujets importants, par des études, des débats, et en pratique, notamment auprès de personnes qui étaient, sont, des références sociales, qu’ils ont intégré à la France Insoumise, ou au Parlement de l’Union Populaire. Ces liens avec des citoyens, des travailleurs, opposés au gouvernement, aux lois économiques structurelles, au grand patronat, lui ont permis de faire grossir ses troupes, les échos au sein de la population, à une époque où les moyens de communication se sont diversifiés et renforcés, favorisent des échanges.


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