Premier tour de l’élection présidentielle française 2022 : retour aux Etats Généraux d’avant 1789

Premier tour de l’élection présidentielle française 2022 : retour aux Etats Généraux d’avant 1789

Les résultats du premier tour des élections françaises de la 5ème République ont donc été connus, hier, dès 20 heures, même si, pendant la soirée, le dépouillement des bulletins de vote des grandes villes a laissé planer un faux suspens. Ces résultats ont donc balayé une partie, notable, des affirmations des instituts de sondage qui, pourtant, depuis des mois, ont construit des représentations sur le probable/certain : Pécresse s’est effondrée, comme Yannick Jadot, Zemmour qui se voyait déjà en haut de l’affiche dépasse les 5% mais de peu. Jean-Luc Mélenchon, dont les instituts affirmaient qu’il était en dessous de 10% ou juste au dessus de 10%, avant de redresser lentement et sûrement son score dans les dernières semaines de la campagne, ont, involontairement ou volontairement, trompé les citoyens. Emmanuel Macron dont ces mêmes instituts de sondage affirmaient qu’il atteignait un score stratosphérique, est revenu à un étiage normal, même s’il est supérieur à 2017 et aux scores des présidents candidats antérieurs (dans des contextes historiques différents). Mais d’autres perspectives se sont confirmées : l’effondrement, jusqu’à tutoyer le néant, du PS, qui, il y a quelques années encore, était un parti parmi les plus importants en France.

Dans l’analyse des candidatures politiques, nous avons rappelé (cf nos articles déjà publiés) que ces élections démontraient une continuité impressionnante avec la structuration politique française fixée depuis les débuts de la phase historique 1789-1795, avec l’affrontement entre les Montagnards et les Girondins. Mais l’analyse de ces résultats démontre que la France de 2022 est revenue à la situation antérieure à 1789. Les trois premiers candidats, les trois premières forces politiques, constituent une reproduction originale des Etats-Généraux sous l’Ancien Régime, avec, le parti de l’aristocratie, des possédants, le parti présidentiel, le parti du clergé catholique, avec le RN, et le Tiers-Etat, avec la France Insoumise. Comment comprendre ce retour à une situation « pré-révolutionnaire » ? Ce sont les conditions économiques d’une République qui, depuis 1958, imite au maximum la royauté, qui déterminent cette tripartition : la majorité citoyenne, productive, est paupérisée, précarisée, comme l’étaient les paysans et les ouvriers avant 1789 – en sachant que, avec la prise de pouvoir durable des Girondins, leur situation économique a empiré, avec un ultra-libéralisme avant l’heure. Les possédants qui étaient une minorité puissante sous l’Ancien Régime le sont toujours, mais ils ont augmenté leur nombre. Toute une partie de la population en France bénéfice des avantages et des privilèges du capitalisme. Ces membres forment une classe « sociale » soudée, qui vote, et qui démontre que le discours marxiste sur les classes et la « conscience de classe » a toujours été pertinent – ce que, bien entendu, des représentants de cette classe passent leur temps à récuser puisque, dans le même temps qu’ils mobilisent les membres de leur classe, ils travaillent à démobiliser les autres. Le RN est, lui, le parti clérical, catholique, celui qui est passionné par les dogmes, qu’ils soient religieux ou « républicains ». La faiblesse de ce parti clérical, c’est que s’il a suffisamment de « fidèles » pour peser au premier tour de l’élection présidentielle française, il n’est pas capable de dépasser le parti de l’argent dont il tire, lui aussi, ses fondements, sa logique; et que, aux élections législatives, dans la plupart des circonscriptions, il n’a pas assez de candidats crédibles et d’électeurs suffisants, en nombre. Le Tiers-Etat, lui, a encore démontré hier, que, selon la formule célèbre de Sieyès, ce Tiers est « Tout », mais que, dans l’ordre politique, il n’est « rien », parce que les deux autres Tiers l’écrasent. Et, comme nous l’avons analysé précédemment dans la comparaison entre Mélenchon et Robespierre, l’absence ou la faiblesse de l’articulation entre les Montagnards, à la tête de la France Insoumise, et les Sans-Culottes (Poutou, Arthaud, Kazib, communistes divers), est, pour ce Tiers, rédhibitoire. Dans les discussions qui se sont tenus sur QG le Média hier soir, Youcef Brakni a rappelé que le candidat de la France Insoumise n’est pas venu dans les quartiers populaires, et que s’il n’a pas renié sa venue à une grande manifestation nationale, politique, contre le racisme et l’islamophobie, il a justifié sa présence par le fait d’être aux côtés de syndicats, comme si le fait d’être à côté de citoyens musulmans engagés (et après, attaqués, avec la loi séparatisme), était difficile à assumer.

Le second tour de cette élection va donc susciter une très probable, très forte abstention, peut-être majoritaire. Certains supporters du RN défendent auprès des autres un référendum anti-Macron, un « vote révolutionnaire » : voter Le Pen, ce serait faire sauter la baraque. Ce serait, en effet, la « fin, à tous les sens du terme, de la 5ème République : sa fin, sa mort, mais aussi sa finalité. En effet, la 5ème République a été fondée à l’appel de l’extrême-droite, qui demandait à De Gaulle, la sauvegarde de l’Algérie Française. Et, élue, cette extrême-droite, par ses choix mais aussi par les réactions qu’elle susciterait, conduirait à la fin de cette 5ème République. Certains semblent tenter par une situation explosive. Il n’est pas certain qu’elle le sera moins avec la réélection de l’autre candidat. D’autant que ni ni l’autre n’auront, facilement, une majorité à l’Assemblée Nationale.

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