Samuel Paty aurait pu ne jamais être confronté à l’attaque de son assassin si… (quatrième partie)

Samuel Paty aurait pu ne jamais être confronté à l’attaque de son assassin si… (quatrième partie)

Le renseignement territorial des Yvelines (RT78) fait partie du maillage du service central du renseignement territorial, partie du service de renseignement de la direction centrale de la sécurité publique (DCSP), lui-même intégrée à la direction générale de la police nationale, qui relève du Ministère de l’Intérieur. Une autre structure est décisive : la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), puisque cette préfecture de police est un Léviathan. Le 12 octobre, ce RT produit une note, et l’adresse à la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). La note propose un résumé des évènements, depuis une semaine. Elle mentionne l’existence de menaces anonymes exprimés à l’attention de la direction de l’établissement scolaire, et le fait que la polémique locale au moins un militant « fiché », en raison de sa radicalité. Mais la note reprend la volonté de « sérénité » de la direction de l’établissement ET du Rectorat, en affirmant que « la communication entre la direction et les familles a visiblement permis d’apaiser les tensions« , et que, « au sein du collège, aucune tension majeure n’est palpable« , ce qui est absolument faux. Pour contredire cette fausse perception, il aurait fallu qu’un agent se déplace, rencontre, Samuel Paty, la directrice de l’établissement, qui, elle, était très inquiète, qu’il engage des vérifications plus approfondies. Un haut fonctionnaire reconnaît que, « On a fait un travail d’environnement, de criblage, on voyait apparaître une figure de l’islam radical, connue pour faire de l’agitation et propagande, mais rien de plus ». Les échanges sur les réseaux sociaux, la publication de deux vidéos et leur partage, n’incitent pas les agents concernés à enquêter plus sérieusement. De celui qui se motive à passer à l’action, Abdoullakh Anzorov, les radars sécuritaires sont aveugles. Pourtant, si, localement, le jeune homme était perçu pour son engagement dans la foi, était discret, son usage de Twitter ne laissait aucun doute sur son appétence pour la violence la plus grave. Avec un même pseudo, Tchétchène_270, utilisé sur différents outils de réseaux sociaux et de communication, Anzorov y soutenait la logique générale du « djihad ». Mais si l’on admet qu’il ait pu, dans les mois antérieurs, échapper à cette surveillance, il n’en va pas de même concernant les derniers jours précédant l’assaut criminel. Pour qu’il puisse se décider à formuler ce projet, pour satisfaire à un « djihad », y compris selon le souhait d’un de ses contacts en Syrie, il a fallu qu’Anzorov ait connaissance de la polémique locale (il ne résidait pas dans cette région), et qu’il dispose d’un certain nombre d’informations, crédibles, pour pouvoir approcher la personne qu’il voulait tuer. Or, pour y parvenir, il est parvenu à parler la fille de Brahim Chnina (qui a identifié Samuel Paty dans une vidéo) et un collégien, auquel il a été promis une somme afin qu’il l’aide à repérer et suivre Samuel Paty dans ses déplacements. Le nombre de personnes à écouter était infime. Un suivi de leurs outils de communication aurait permis de constater qu’un individu, étranger à la sphère locale de la polémique, s’intéressait à celle-ci, prenait des renseignements. Et, MEME SI ce travail n’avait pas été fait, comme il ne l’a pas été, la perception d’une menace mortelle contre Samuel Paty, à partir des éléments contextuels publics, aurait dû conduire à sa mise sous protection, comme déjà indiqué. Ex secrétaire général du syndicat de police VIGI, Alexandre Langlois a considéré que « On n’a pas fait tout ce qui était en notre pouvoir », et, on peut ajouter qu’ils n’ont pas fait ce qu’ils auraient dû faire. « Si cela s’était mieux coordonné entre les services, on avait toutes les cartes pour que ce crime ne se produise pas. » Mais il ne s’agit pas seulement d’un problème de coordination entre les services, une bureaucratie impressionnante pour de tels résultats, mais de ce qui a été fait, et surtout de ce qui n’a pas été fait, de la part de quelques personnes qui étaient en capacité et, en devoir, d’intervenir. Sans enquête parlementaire, sans enquête indépendante, il n’est pas possible de savoir vraiment si la menace Anzorov n’a pas du tout été perçue ou si elle est passée dans un radar, et si elle a été, volontairement, ignorée. Certains considèrent que la RT78 était en surchauffe, avec 39 notes d’analyse, 39 notes Flash, quatre déplacements officiels à gérer, des évènements à surveiller (une mobilisation d’agriculteurs, la fête des Loges). Cette justification bureaucratique omet qu’il y a eu des partages d’informations entre plusieurs administrations et plusieurs services de police, sans que ces informations suscitent chez leurs récepteurs une alerte, une mobilisation. Pour leur défense, les fonctionnaires concernés subiraient des sous dotations, des moyens obsolètes, et des contraintes bureaucratiques inadaptées à la réactivité nécessaire. Samuel Paty a marché vers la mort, trop confiant dans l’apparent calme de la fin de la semaine, en ignorant que de celles et ceux qui étaient censés le protéger, il n’y avait eu, apparemment, aucune conscience du danger, et que, quand Anzorov allait surgir dans cette rue, aucun « super agent » comme on en voit dans les films ne surgirait pour s’interposer et empêcher le bras du fanatique de…

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