« Union de la Gauche » : une logique gagnante ou à risque ?

« Union de la Gauche » : une logique gagnante ou à risque ?

Ce qui avait été déclaré impossible avant le premier tour des élections présidentielles est devenu subitement non seulement possible mais nécessaire. Que s’est-il passé, « à gauche » ? Si cette division droite-gauche conserve tout son sens, contrairement à des allégations fréquentes mais non démontrées, le fait que tel ou tel parti appartienne bien à « la » gauche fait l’objet de nombreuses controverses, polémiques, désaccords publics forts. Par exemple, le fait que le Parti Socialiste soit un parti de gauche n’est plus du tout évident, voire pertinent, pour de nombreux citoyens, électeurs, de gauche. Avant le premier tour de l’élection présidentielle, il n’y a pas eu de véritable dialogue entre les différents partis. Il y a eu une initiative, « la primaire populaire », qui a visé à désigner un(e) candidat(e) unique, mais ses présupposés comme ses méthodes ont, au contraire, suscité des divisions, jusqu’au bout. Le PS, EELV, la FI, le PCF, le NPA, LO, ont décidé d’avoir leur propre candidat(e). Au soir du premier tour, le candidat de la FI-Union Populaire était, à nouveau, troisième, à 400.000 voix de la candidate du RN. A l’inverse, les autres candidat(e)s des partis cités faisaient des scores inférieurs à 5%, seuil légal pour des bénéfices (remboursement des frais de campagne). Le score du candidat de la FI-UP approchait les 22%. Jean-Luc Mélenchon incarnait le « leadership » de la gauche, et son score, 4 à 5 fois supérieur (ou plus), à celui de ses concurrents « de gauche », lui donnait cet avantage, dont il se saisissait pour lancer le « troisième tour », avec les élections législatives. Dans la foulée de la fin du processus de l’élection présidentielle, les différents partis « de gauche » qui ont donc été largement battus par le candidat de « l’Union Populaire » se sont tournés vers celui-ci pour envisager un accord électoral pour les élections législatives, y compris le PS (parti dont Jean-Luc Mélenchon fut longtemps membre avant de le quitter avec fracas et de lui décerner, depuis, ses flèches les plus sévères), et l’UP a elle aussi proposé de travailler à un tel accord, a accepté cette perspective. Aujourd’hui, jeudi 5 mai 2022, cet accord a été signé avec EELV, avec le PCF, et pourrait être validé ce soir par le PS. Des discussions seraient toujours en cours avec le NPA. Les sondages actuels (à l’égard desquels nous répétons une fois de plus notre défiance tant de principe que de méthodes et de résultats), annonceraient une possible « victoire », en nombre d’élus, pour cette « NUPES » (Nouvelle Union…), mais sans pouvoir dire si celle-ci serait supérieure à 289 sièges ou non. Mais cette « Union » est-elle nécessairement positive, gagnante, et pour quelle majorité dans sa composition, ou peut-elle être à risque, en associant notamment la sociale-démocratie réputée la plus dure avec celle qui a été la plus convertie au libéralisme, le PS ? Ou une telle association signifierait-elle que la NUPES opérerait déjà un recentrage ?

Le premier tour de l’élection présidentielle a démontré que l’absence de campagne commune pouvait constituer un handicap. Mais cette interprétation, par ce calcul comptable, de ce qui a manqué à Jean-Luc Mélenchon pour accéder au second tour, omet deux problèmes essentiels : l’association avec un autre parti au moins aurait pu, au contraire, handicaper cette candidature, si elle avait conduit JLM à être moins, clair, mordant, etc; et les voix qui ont manqué ne se trouvaient pas nécessairement chez les électeurs/électrices qui lui ont préféré une autre liste de « gauche », mais avec le RN, ou avec les abstentionnistes. Car bien qu’il y ait eu des succès de la campagne de JLM, il y a eu aussi des échecs, comme en 2017. Quand il s’agit de votes pour de telles élections en France, une addition peut provoquer une soustraction. Cette « union »++++, n’implique pas, encore, une adhésion massive ET suffisante. Parce que, en juin prochain, il ne suffira pas d’être le premier groupe à l’Assemblée Nationale : il faudra dépasser les 289 sièges. Parce que la NUPES ne pourra s’associer avec une autre. Elle sera LA gauche. C’est ce qui va se passer en mai et en juin qui va décider de ce résultat. La campagne « unitaire » sera t-elle réussie ? Des polémiques médiatiques pourraient-elles l’affaiblir ou la viser, stériliser ? La guerre en Ukraine pourrait-elle continuer d’aggraver la situation économique et sociale, et les désaccords au sein de la NUPES pourraient-ils gréver son succès ? S’agira t-il de plus qu’une union d’addition, ou, au contraire, seulement d’une union d’addition ? Est-ce que la NUPES saura convaincre les quartiers populaires dont on sait qu’ils ont été partagés entre un vote à gauche, un vote RN et l’abstention, lors de l’élection présidentielle ? Et si la NUPES parvient à obtenir cette majorité à l’Assemblée Nationale, est-ce que le programme sera appliqué, tenu ou sera t-il, banalement, affadi, atténué ? Les élus socialistes pourraient-ils être des frondeurs centristes ? La constitution de cette « Union » pose plus de questions qu’elle n’apporte, à ce stade, de réponses. Il appartient à Jean-Luc Mélenchon et aux principaux dirigeants, animateurs, de cette NUPES, d’apporter rapidement des éclaircissements.

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